Mardi 4 Avril 2017 - 11:15

Longilignes, dotées d’une ligne de jambes et de pointes pieds remarquables, les Russes dominent la synchro mondiale depuis vingt ans. Leur morphotype doit-il pour autant devenir un modèle ? Tentative de réponse en compagnie de Sylvie Neuville, directrice de la discipline.

Lors du colloque des 8 et 9 octobre 2016, un document intitulé « Evolution de la morphologie et de la ligne de jambe en natation synchronisée » a été présenté aux entraîneurs de clubs. N’avez-vous pas peur que la définition d’un morphotype de la nageuse synchronisée laisse à penser que ce sport ne peut être pratiqué que par des nageuses ayant un certain physique ?

Que les choses soient bien claires : la natation synchronisée s’adresse à tous les publics ! Les jeunes, les moins jeunes, les grands, les petits, les minces, les plus en chair et même pour les garçons, comme en témoigne l’arrivée du duo mixte dans le programme des grandes compétitions internationales. Comme le sous-titre de mon document le dit clairement : « La natation synchro reste un sport pour tous, mais… ».

Que signifie ce « mais » ?

Il ne faut pas se mentir : tout le monde ne peut pas accéder au plus haut niveau. Pour des raisons morphologiques ou autres. Il en est ainsi dans tous les sports. En revanche, chacun peut trouver sa place dans la synchro. Dans une pratique loisir de plus en plus diversifiée avec les « bébés-synchros », la « synchro-santé », les galas, mais aussi dans une finalité de compétition tout aussi diverse. Les « challenges », les championnats régionaux, les N3 ou les N2 sont et doivent rester accessibles à un très grand nombre de pratiquants. C’est cependant mon rôle en tant que directrice de la discipline que de chercher (et de trouver) le chemin qui mène vers la haute performance.

Le plus haut niveau est assujetti à un morphotype particulier ?

Avant toute chose, il faut revenir sur les termes d’« évolution de la morphologie ». L’« étude » repose, en fait, sur la comparaison de la synchro des années 1990 et celle d’aujourd’hui. Que constate-t-on ? Que la technique, la vitesse d’exécution et les acrobaties ont évolué. La morphologie des nageuses aussi. En particulier, la morphologie des meilleures.

Vous parlez des Russes ?

Jusqu’en 1996, les Américaines dominaient la synchro mondiale. L’équipe championne olympique à Atlanta était très disparate sur le plan physique. On a, par exemple, une Dyroen, très longiligne, et une Schneyder, beaucoup plus musculeuse. Mais lorsque les Russes arrivent au sommet de la hiérarchie mondiale en 1997, on a vu apparaître un collectif beaucoup plus homogène. Les juges évaluant, entre autres critères, la précision d’exécution et la synchronisation, il est évident qu’il vaut mieux que les athlètes se ressemblent. Et c’est le cas des Russes, au niveau de l’apparence physique (elles sont toutes longilignes), de leurs lignes de jambes et de leurs pointes de pieds.

Les Russes se sont assuré la suprématie mondiale grâce à leur physique ?

Pas seulement. Elles ont également imposé des standards chorégraphiques. Il y a, en Russie, une tradition de performances dans les sports artistiques héritée de l’URSS. Grâce à des « transferts » d’entraîneurs de la danse, du patinage ou de la GRS, la synchro en a bénéficié. Mais oui, elles ont aussi une morphologie « différente ». Attention, je ne porte pas de jugement moral sur le physique : je constate !

Les résultats des Russes aidant, toutes les nations tentent de les imiter ?

La réalité de la performance s’est imposée à tous et le « modèle » russe est devenu prégnant. De nombreux pays « importent » ainsi des entraîneurs russes, ou issus de l’ancienne URSS. Les nations qui ne font pas appel aux Russes, comme les Etats-Unis, revisitent malgré tout leur système de détection et de formation, au regard de ce que font les Russes. On constate d’ailleurs cette « universalisation » du modèle russe dès les plus petites catégories d’âge.

C’est bien de vouloir imiter les Russes, mais en a t-on les moyens ? Ne serait-ce qu’au niveau du nombre de pratiquants…

Il y a effectivement un vivier plus important en Russie et il existe d’autres différences structurelles. Comme la considération du sport dans la société, qui reste dans ce pays un moyen de reconnaissance sociale, comme l’organisation du temps scolaire qui permet aux jeunes, libres de cours le matin ou l’après-midi, de s’entraîner dès l’âge de 6-7 ans jusqu’à trois heures par jour, six jours sur sept.

Cela permet aussi une politique de « ça passe ou ça casse », non ?

Ce n’est pas parce qu’ils brassent plus de nageuses que nous, que les Russes ont plus d’intérêt à blesser les athlètes ! S’ils ont effectivement des exigences importantes avec les enfants jeunes, les entraîneurs russes connaissent très bien leur métier. Ils sont très pointus, très bien formés. En particulier au niveau de la préparation physique et du corps, ils font un travail très progressif.

Pour en revenir au physique, quel est le morphotype idéal ?

Tout part de l’idée que dans notre sport, le bas du corps (les jambes en particulier) doit être léger. Dans le document présenté au colloque, ces critères morphologiques sont définis comme suit : « Une ossature fine, une taille entre 1,6 et 1,8 mètres, un très bon rapport segmentaire, une finesse des segments et des articulations, une souplesse au niveau des genoux et des chevilles, un vrai « coup de pied » et une finition des orteils, un pied fin, pas de défaut d’alignement des jambes ». Ajoutons à cela des exigences de souplesse et de flottaison, des qualités comme la coordination, la vélocité, l’aptitude artistique et l’oreille musicale…

Si on ne répond pas à tous ces critères, faut-il faire une croix sur le haut niveau ?

Il y a d’une part des critères qui ne sont pas discriminants. La taille, par exemple. L’important est d’être grande dans l’eau, grâce à sa hauteur et/ou à son étirement. Il y a d’autre part des choses qui peuvent s’arranger. Par exemple, l’extension de jambes. En revanche, l’absence totale de « coup de pied » est rédhibitoire pour le haut niveau.

N’avez-vous pas peur, avec ce morphotype, de passer à côté de certains talents ? Par exemple, une Virginie Dedieu, qui ne mesure qu’1,62 mètres, rentrerait-elle aujourd’hui dans « la bonne case » ?

L’exemple de Virginie est très intéressant. Des photos d’elle montrent qu’elle a un morphotype parfaitement adapté à la discipline. Elle a des rapports segmentaires, buste-jambes, en particulier, qui sont parfaits. Même chose pour sa finesse articulaire. Et même si elle ne fait qu’1,62 m, elle paraît beaucoup plus grande dans l’eau que des filles de plus d’1,70 m.

N’avez-vous pas peur que ce « modèle » longiligne ne provoque des rapports compliqués avec le poids et la nourriture chez de jeunes femmes pour qui le problème est déjà sensible ?

En tant qu’éducateurs ayant affaire à des adultes en devenir, nous sommes très attentifs au respect de leur intégrité physique et psychologique. D’autant plus que nous savons que les troubles alimentaires sont plus fréquents chez les synchros que dans une population lambda et que nous avons, par conséquent, un rôle de prévention à jouer. La diététicienne de l’INSEP parle d’ailleurs de rapport entre masse grasse et masse musculaire, plutôt que de poids. On s’intéresse aussi à savoir à quel pourcentage de masse grasse, chaque nageuse est performante.

Pour être très pragmatique, qu’avez-vous mis en place en France pour détecter ces perles rares ?

A chaque championnat de France, les athlètes sont systématiquement évalués sur quatre critères : profil-extension de jambes, souplesse, hauteur et contrôle des figures. Ces mesures sont ensuite affinées lors des stages pour les athlètes des équipes de France. Il peut y avoir des « ratés » le jour de la compétition. La vérité d’un jour n’est pas celle de toute une vie. Grâce au service recherche de la Fédération, nous allons encore plus loin. Nous avons mesuré les morphotypes des nageuses de l’INSEP et ceux du collectif « France » espoirs. Lors de notre prochain stage en Russie, nous allons demander à pouvoir faire pareil avec les Russes et profiter de l’Open Make Up For Ever pour continuer avec d’autres équipes. On va acquérir un goniomètre pour nous permettre de mesurer plus précisément les angles. En particulier sur les écarts. Nous sommes également en train d’uniformiser les tests d’entrée des pôles espoirs pour améliorer encore la détection.

Recueilli par Jean-Pierre Chafes

 

VIRGINIE DEDIEU : « PEUR DE L’UNIFORMISATION »

« La synchro est avant tout un sport artistique et, à ce titre, la morphologie entre bien évidemment en ligne de compte. Mais l’élégance et l’équilibre corporel sont, selon moi, plus importants qu’un morphotype ! Une chose est certaine : le travail modèle le corps. Quand j’étais petite, je me souviens, par exemple, que mes entraîneurs me disaient que j’avais les genoux « cagneux ». J’ai travaillé pour que ça change ! On dit souvent aussi que j’ai de grandes jambes, mais ce n’est pas vrai. J’ai bossé, encore et encore, pour donner cette impression. Quant à ma taille (1,64 m), elle m’a permis d’être véloce dans l’eau, plus que des « grandes » qui vont manquer de mobilité. C’est vrai qu’en ballet d’équipes, l’homogénéité des « gabarits » est plus importante. Je pense cependant que la domination russe tient davantage dans la valorisation de leurs qualités de base, qui sont effectivement la vitesse et la légèreté, que celui d’une uniformisation des filles. Ce n’est pas parce qu’elles sont longilignes qu’elles gagnent, mais elles gagnent parce qu’elles exploitent parfaitement les qualités qui vont avec leur physique. En voulant les imiter, on est en train de perdre le côté très technique que pouvaient avoir les Américaines dans les années 1990. Il doit y avoir une école russe certes, mais aussi une école japonaise, une école française… Chacune avec ses différences, morphologiques, techniques, artistiques… J’ai peur que, sous prétexte que les Russes trustent tous les titres depuis des années, on finisse par voir des filles quasi identiques physiquement faire la même chose dans l’eau. Qu’on n’est plus qu’une synchro et non pas des synchros. J’ai peur de finir par m’ennuyer en regardant mon sport. »

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12,7 millions de français pratiquent la natation en loisir
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