Mardi 26 Février 2019 - 14:00

Quel potentiel ? Quels objectifs ? Quelles lacunes à combler ? Un an et demi après sa prise fonction en tant qu’entraîneur de l’équipe de France masculine, Nenad Vukanic nous livre ses impressions et ses sentiments profonds sur les Bleus.

Quand tu as pris tes fonctions en décembre 2017, tu as commencé par organiser un stage de jeunes joueurs, pour la plupart jamais appelés en A. Tu voulais faire passer un message ?

L’objectif qui m’a été fixé par la DTN, c’est que la France ait une équipe compétitive pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024. Pour ça, il faudra pouvoir compter sur les joueurs expérimentés qui, pour certains, ont déjà vécu les Jeux à Rio, mais aussi sur des jeunes qui seront au top dans quelques années. Comme 2024, ça arrive vite, j’avais besoin d’avoir rapidement une image de tous les moyens, de toutes les forces du water-polo français. Après le premier stage début décembre à l’INSEP avec les jeunes, j’en ai organisé un autre trois semaines après à Abbeville où se sont rajoutés des anciens. Entre décembre 2017 et l’été 2018, j’ai vu ainsi plus de 40 joueurs. Après, c’est comme en cuisine, il faut arriver à faire le bon dosage ! En tout cas, une chose est certaine, je connais beaucoup mieux les joueurs français et leur potentiel. Je sais quelles ambitions peut avoir l’équipe de France et quels progrès sont encore à réaliser.

En termes de résultats, quel bilan fais-tu sur ces 14 mois à la tête de l’équipe de France ?

Mon premier match officiel avec l’équipe a été contre la Suisse pour la qualification aux Euro, mais les choses sérieuses ont commencé véritablement au mois de février avec le tour préliminaire de l’Europa Cup à Kecskemet (Hongrie) où nous avons battu l’Espagne ! Cette victoire a été très importante pour le groupe. D’abord parce qu’on a pris conscience qu’on était capable de rivaliser avec une top équipe, mais surtout parce que ce succès nous a permis de nous qualifier pour la finale de l’Europa Cup à Rijeka et de continuer notre apprentissage en jouant quatre matches internationaux de plus. Ça a été une très belle opportunité pour nous puisque le standing de notre équipe ne nous permet pas pour le moment d’être invité dans les grands tournois et d’affronter régulièrement les meilleures équipes du monde. Les championnats d’Europe où nous terminons seulement 12ème ont, en revanche, montré qu’il y avait encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire. Comme nous n’avons pas pu nous qualifier pour les Mondiaux cet été en Corée, la World League, qui se terminera avec un déplacement à Monténégro le 12 mars, était la seule occasion pour nous cette saison de jouer des matches officiels et de préparer le championnat d’Europe en janvier 2020 à Budapest.

Nenad Vukanic lors du championnat d'Europe de Barcelone en juillet 2017 (Deepbluemedia).

Si tu nous as dit qu’avoir une équipe performante en 2024 était ton objectif, 2020 sera une année importante puisqu’olympique. Selon toi, l’équipe de France sera-t-elle présente aux Jeux de Tokyo ?

Sur le plan pratique, il nous faudra d’abord terminer certainement parmi les neuf premiers des championnats d’Europe. Ce qui nous offrirait une place pour le Tournoi de Qualification Olympique en avril. Et là tout est jouable ! Dans un sens, comme dans l’autre. A Trieste, il faut se souvenir que l’Italie était passée à deux doigts de l’élimination face à la Roumanie avant de décrocher le bronze à Rio ! J’espère en tout cas qu’on ne va pas attendre vingt ans après Rio pour que l’équipe de France retrouve les Jeux. Comme ça a été le cas après Barcelone !

Qu’est-ce qu’il manque aux Bleus pour rivaliser vraiment avec ces top équipes dont tu parles souvent ?

Ce qui manque le plus à nos joueurs, c’est l’expérience internationale. Comme je le disais, on n’est pas invité dans les grands tournois ; on ne se qualifie pas chaque fois pour les grandes compétitions, comme les championnats d’Europe ou les championnats du monde. C’est pareil avec les clubs. La performance de Marseille cette année en Euro Cup, c’est bien, mais ce n’est pas encore assez. J’espère qu’il y aura bientôt une équipe française en phase préliminaire de Champion’s League. Ce manque d’expérience ne se traduit pas seulement au niveau de la qualité du jeu, mais aussi au niveau du mental. On aborde trop souvent les matches, en particulier face aux top équipes, en se disant qu’on va le perdre, qu’on est des victimes. Il faut qu’on change cet état d’esprit.

Est-ce à dire que le championnat de France Elite ne permet pas de voir émerger de bons joueurs ?

C’est une réalité : le niveau du championnat de France, bien qu’il soit plus homogène ces dernières saisons, est plus faible que celui des grandes nations européennes. Il offre, en revanche, la possibilité aux jeunes d’intégrer plus rapidement le niveau senior et d’avoir plus de temps de jeu. Même s’il faut qu’ils jouent un rôle encore plus important à chaque match et sortent de l’ombre des joueurs plus expérimentés. Dès qu’on reconnaît un joueur avec de vraies qualités, il faut le soutenir lui ouvrir les portes. La France a montré dans d’autres sports qu’elle pouvait avoir des athlètes de très grande classe qui peuvent faire gagner un match sur un seul geste. Il n’y a pas de raison que ce ne soit pas pareil au water-polo. Je n’attends pas des jeunes joueurs que ce soit simplement de bons joueurs ; ils doivent être les meilleurs du monde.

Nenad Vukanic délivre ses consignes lors de la rencontre de World League face à l'Italie organisée le 19 février (FFN/Michel Dumergue).

Du coup, une des solutions pour que notre équipe nationale progresse, n’est-elle pas de voir les meilleurs joueurs français s’expatrier dans des championnats étrangers, plus relevés ?

De façon générale, je dirais que jouer à l’étranger est une bonne chose pour se donner de nouveaux challenges, pour ne pas se contenter de ce qu’on a l’habitude de faire, et donc pour progresser. Si je prends l’exemple d’Ugo (Crousillat), que j’ai connu quand il était enfant et que je jouais au Cercle, ses nombreuses années à l’étranger lui ont permis de s’améliorer à tous les niveaux.

Est-ce qu’il y a une méthode Nenad Vukanic ?

Un coach, c’est comme comme un manager dans une entreprise : il doit sublimer le groupe pour en tirer le meilleur et permettre à l’entreprise d’avoir les meilleurs résultats possibles. Depuis que je suis à la tête de l’équipe de France, je dis aux joueurs que chaque période est un match. Que gagner une période, c’est aussi important que gagner un match. Que même lorsque le match est perdu, on doit continuer à jouer.

Recueilli à Marseille par Jean-Pierre Chafes

 

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