Le sport et la politique : deux écoles de l'ambition | Fédération Française de Natation
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Lundi 23 Mars 2020 - 09:00

Lors du premier tour des élections municipales qui a eu lieu le 15 mars 2020, l'élection a été acquise dans plus de 30 000 communes. Dans 3 253 communes, le conseil municipal a été partiellement pourvu. Dans 1 669 communes, aucun conseil municipal n'a été élu. Un second tour est donc nécessaire pour environ 5 000 communes. Second tour que la crise du COVID-19 qui sévit actuellement en France et dans le reste du monde a poussé le président de la République à reporter. Si les préoccupations actuelles et les forces médicales de notre pays sont activement concentrées sur la crise sanitaire, il est intéressant de noter que nombre d’anciens athlètes de haut niveau ont pris, cette année comme les années passées, part à cette élection, comme si le sport et la politique étaient étroitement liés. Après avoir défendu les couleurs de leur pays sur les pistes, dans les stades, les arènes ou les bassins du monde entier, les compétiteurs de haut niveau sont-ils plus à même qu’un citoyen lambda d’embrasser la fonction d'élu de la République ? Une fois crampons, skis, maillots de bain et patins relégués au rang des souvenirs, et fort d'une image positive construite au rythme de ses exploits, représentent-ils un atout que tout candidat à l'exercice du pouvoir politique se doit d’avoir sur sa liste ou au nombre de ses soutiens déclarés ?

Le statut d'ancienne vedette des stades ou des bassins et le fait d'avoir, à la force conjuguée des muscles et de la persévérance, défendu le drapeau tricolore et fait résonner La Marseillaise à travers la planète sport rendent-ils plus légitime l'ambition politique ? L'effort menant à la victoire sportive semble pourtant, à bien des égards, très éloigné des petits accords d'alliance et des règles inhérentes à n’importe quel scrutin, qu’il soit national, régional ou local. Le sujet est d'actualité et pose la question suivante : tout athlète au palmarès bien rempli, exemple de courage et d'abnégation, est-il également - et peut-être avant tout - un citoyen responsable méritant la confiance de ses compatriotes électeurs ? A Lyon, par exemple, l'ancien gymnaste Yann Cucherat, double médaillé aux championnats du monde, a intégré depuis six ans l'équipe municipale, en charge notamment et (presque) naturellement des sports. Il briguait le siège de maire de la ville le 15 mars dernier. Les anciens champions de France de football Patrick Revelli et Vikash Dhorasoo étaient, eux aussi, en lice pour un mandat municipal lors de la consultation électorale de mars, respectivement à Saint-Etienne et dans la capitale. L'occasion pour ces anciens joueurs de poursuivre un nouveau challenge dans cette autre école de l'ambition qu'est la politique.

Ce ne sont là que deux illustrations de cette tendance et les exemples ne manquent pas à l'échelon régional non plus où quelques figures sportives marquantes de ces dernières décennies ont choisi de mettre leur notoriété et leurs connaissances au service de l'engagement politique. Gwendal Peizerat, ancien médaillé d'or olympique de danse sur glace aux côtés de Marina Anissina, a intégré l'exécutif rhônalpin lors du précédent mandat. Devenue Auvergne-Rhône-Alpes, cette région a également accueilli dans son assemblée l'ancienne championne olympique de descente Carole Montillet à la fonction de conseillère spéciale au sport de montagne. Et si, après avoir exercé la fonction de conseillère régionale d'Ile-de-France, l'ancienne nageuse Roxana Maracineanu occupe aujourd'hui le poste de ministre des Sports, elle est loin d'être la première athlète de haut niveau à goûter aux honneurs gouvernementaux. Enseignante-chercheure au laboratoire sur les vulnérabilités et l'innovation dans le sport à l'université Lyon 1 UFRSTAPS et préparatrice mentale, Virginie Nicaise rappelle, en effet, que, déjà forts d'une solide réputation dans le domaine du sport, ils furent nombreux à occuper entre autre les fonctions de secrétaire d'Etat ou de ministre en charge de ce qui fit leur notoriété première : les alpinistes Maurice Herzog (1958-1966) et Pierre Mazeaud (1973-1976), le patineur Alain Calmat (1984-1986), le sprinter Roger Bambuck (1988-1991), l'athlète Guy Drut (1995-1997), les escrimeurs Jean-François Lamour (2002-2007) et Laura Flessel (2017-2018), le rugbyman Bernard Laporte (2007-2009), le judoka David Douillet (2011-2012) sont quelques-uns de ses illustres prédécesseurs.

Après avoir porté les couleurs de son pays, un athlète de haut niveau est-il plus à même qu’un citoyen lambda d’embrasser la fonction d'élu de la République ? (Adobe Stock).

Mais un athlète de renom est-il pour autant un politicien en devenir ? Qu'est-ce qui peut expliquer qu'un nombre important d'entre eux passe de l'arène sportive à l'arène politique s'interroge la technicienne. « La quête d'un nouveau défi, la recherche d'adrénaline, le besoin de se retrouver à nouveau sous le feu des projecteurs ou bien est-ce pour nourrir un enjeu identitaire, continuer d'exister ? Il est vrai que les missions se rejoignent, comme l'engagement total en vue d'un objectif à atteindre, le travail acharné où l'on ne compte pas les heures, la mise en place de plans stratégiques auxquels est jointe une discipline de vie. A ceci s'ajoutent l'humilité de reconnaître ses faiblesses et de s'entourer d'une équipe, et surtout la capacité de faire face à l'adversité. Au final, la renommée parfois internationale des athlètes recrutés rejaillit ensuite sur l'ensemble du parti politique », analyse Virginie Nicaise. Riches d'une solide réputation de gagneurs puisée au sein de cette école de courage, d'effort et de fair-play qu'est supposé être le sport, les athlètes semblent donc être les alliés légitimes, le gage de probité supplémentaire, de tout candidat -quand ils ne sont pas candidat eux-mêmes - à l'engagement politique. Mais le monde du sport est-il réellement toujours plus exemplaire ?

Fort de trente-et-une saisons d'arbitrage, Gilles Veissière est de ceux qui, une fois le sifflet définitivement remisé au fond d'un tiroir, ont franchi le pas séparant le sport de haut niveau de l'engagement politique. Auparavant, l'homme aux mille-cinq-cents matches de football n'avait pourtant jamais pensé à s'investir en politique. Sa reconversion est davantage le fruit d'une opportunité. Celle d'avoir été contacté dès 2007 par Christian Estrosi, alors en quête d'un homme de confiance pour gérer le volet sportif de son programme pour les municipales niçoises. Celui qui avoue être sans étiquette et revendique le statut de représentant de la société civile avait du même coup l'occasion de rester en contact avec le monde du sport. « J'ai accepté avec d'autant plus de plaisir que j'avais l'assurance de disposer des moyens nécessaires pour mener à bien ma mission », explique Gilles Veissière. « La performance et le résultat », tels sont les deux notions qui rassemblent le sport et la politique selon l’ancien arbitre. « Dans les deux cas, on ne cherche que la gagne », renchérit-il. Et quand on lui demande ce qui, dans sa carrière sportive, a pu l’aider à mener à bien sa mission, il ajoute : « J'ai eu la chance de voyager sur toute la planète et d'avoir servi le sport dans ce qu'il a peut-être de plus populaire, à savoir le football. Ce vécu m’a beaucoup aidé. Il m'a permis de pouvoir appréhender les clubs, les sportifs et les dirigeants sportifs avec une certaine expertise ».

Laurent Thuilier

Laure Manaudou et Esther Baron célèbrent leurs titres des 800 m nage libre et 200 m dos glanés aux Euro de Budapest en 2006 (DDPI/Franck Faugère).

Esther Baron : « Un mandat qui me ressemble »

Esther Baron a vécu de l'intérieur la grande aventure des municipales. Forte de onze années passées en équipe de France, celle dont la carrière sportive culmina en 2006 avec les titres de championne d'Europe petit et grand bassins sur 200 m dos est consciente que son passé de nageuse de haut niveau et son expertise du sport lui ont servi de tremplin. Il ne s'agit pas pour autant de sa première expérience en politique. Mais aujourd'hui, l'ex suppléante du député de la deuxième circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, elle-même députée éphémère, se lance un vrai nouveau défi qui la passionne.

Selon vous, défendre les couleurs de son pays sur les terrains de sports ou les bassins du monde entier est-il déjà, quelque part, un « acte politique » ?

A défaut d'être un acte politique, c'était un engagement citoyen. A titre d'exemple, lorsque la Marseillaise retentissait en compétition, j'étais vraiment fière d'être Française et de défendre les couleurs de mon pays.

Dans quelles circonstances avez-vous été amenée à vous impliquer dans la campagne des municipales ?

J'ai été sollicitée ces derniers mois pour intégrer en tant qu'ancienne championne, mais non élue, une équipe déjà au travail et pour donner ma vision du sport sur les futurs projets de la ville de Manosque. C'est cela qui m'a permis de m'engager pour les prochaines municipales.

Quels parallèles établissez-vous entre le milieu politique que vous découvrez et le milieu sportif que vous connaissez bien ?

Il y a, dans les deux cas, un travail de préparation, d'entraînement et d'endurance dont le seul objectif est celui de gagner. J'ai vraiment ce tempérament de compétitrice et quand je me lance dans quelque chose c'est toujours pour aller le plus loin possible.

Si vous êtes élue, comment envisagez-vous votre mandat ?

Ce sera un mandat qui me ressemble, un mandat dans l'action, un travail en équipe. Mon domaine de compétence bien sûr, c'est le sport. Le fait d'être une ancienne sportive pourra faciliter mes échanges face à la grande famille du sport. Je serai à l'écoute de l'ensemble des administrés, je ferai tout mon possible pour répondre à leurs besoins et je défendrai l'intérêt général comme j'ai toujours défendu les couleurs des équipes auxquelles j'appartenais.

Recueilli par L. T.

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