« Préparer l’avenir » | Fédération Française de Natation
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Mercredi 22 Janvier 2020 - 17:15

Finalement, ça n’aura tenu qu’à deux buts. Deux petits buts. Autant dire pas grand-chose. Sauf que pour l’équipe de France masculine de water-polo ces deux buts concédés face à la Géorgie lors du premier match de l’Euro hongrois disputé le mardi 14 janvier (7-9) ont des conséquences désastreuses. Quatre ans après avoir signé l’un des plus grands exploits de l’histoire de la discipline, l’équipe de Nenad Vukanic ne participera pas au tournoi de qualification olympique qui se tiendra à Rotterdam en mars prochain. Outre les Jeux de Tokyo, ce sont aussi les championnats du monde 2021 que rateront les Français. Le verdict est douloureux pour ce groupe talentueux composé d’anciens de 2016 et de jeunes joueurs prometteurs. Dur aussi d’aborder sereinement la suite, à commencer par l’objectif ultime que représentent les Jeux olympiques de Paris en 2024. L’entraîneur tricolore, déçu et frustré, forcément, entend cependant se projeter, dès à présent, vers l’avenir.

En dépit d’une victoire face aux Néerlandais (lundi 20 janvier, 8-9) et d’un succès face à la Slovaquie (mercredi 22 janvier, 6-9), l’équipe de France a achevé son championnat d’Europe sur une treizième place.

Ce n’était pas ce que nous avions en tête en arrivant à Budapest. On pensait faire beaucoup mieux, mais nous avons raté le premier match face à la Géorgie et derrière, nous avons essayé de sortir de cette situation face aux Italiens et aux Grecs, mais ça n’a pas fonctionné. Il y a eu du mieux face aux Pays-Bas et contre la Slovaquie, mais il était trop tard pour inverser la tendance.

Quel sentiment l’emporte à l’issue de la compétition ?

C’est assez étrange car l’équipe a vraiment bien travaillé avant le championnat d’Europe. Les garçons étaient impliqués et concentrés sur notre objectif, l’ambiance était bonne pendant le stage de préparation, mais le match contre la Géorgie a bousculé nos plans.

Que s’est-il passé contre la Géorgie ?

Je cherche une réponse, mais c’est compliqué. La pression était énorme parce que l’enjeu était important pour les deux équipes. Les garçons étaient un peu stressés, mais je me suis dit qu’ils sauraient gérer la situation. Au final, l’équipe n’a pas évolué à son meilleur niveau et dans ce genre de compétition, ça ne pardonne pas.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Pourtant, l’alchimie entre les anciens et les jeunes a plutôt bien fonctionné contre l’Italie et la Grèce. On a senti que cette équipe avait bien autre chose à offrir qu’une treizième place.

Il est primordial de préparer l’avenir. L’équipe de France dispose de jeunes joueurs prometteurs, mais ils doivent encore emmagasiner de l’expérience au plus haut niveau. Thomas Vernoux et Romain Marion-Vernoux, par exemple, ont remporté la coupe d’Europe avec Marseille la saison dernière. Ils ont déjà disputé deux championnats d’Europe et ils évoluent, cette saison, en Ligue des champions. Ce sont de jeunes joueurs, mais ils ont déjà beaucoup d’expérience. Ils ont tout de même besoin de s’inspirer du vécu de leurs aînés. Là-dessus, il n’y a rien à dire. Le mariage entre les anciens et les plus jeunes a très bien fonctionné. Nous avions un rêve commun, mais nous n’avons pas réussi à l’atteindre. C’est aussi ça le sport de haut niveau.

Comment se servir de cette désillusion pour rebondir ?

A partir de maintenant il va falloir puiser dans cette défaite matière à travailler pour s’améliorer, notamment dans la perspective des Jeux de 2024 à Paris. Il faut espérer que d’ici-là, nos jeunes auront pris de l’expérience et que nos aînés, dans le même temps, auront envie de poursuivre l’aventure. Certains ont déjà une longue carrière derrière eux. Il importe également de soutenir le développement de notre championnat national. Il faut trouver un équilibre entre la place qu’occupent les joueurs étrangers et celle des jeunes joueurs français. Ceux-ci doivent bousculer la hiérarchie pour se faire une place dans leur club, enchaîner les matchs et progresser pour espérer rejoindre l’équipe de France. Il n’y a qu’en sortant de l’ombre des meilleurs joueurs étrangers qu’ils pourront se faire une place dans le groupe national.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

A vous entendre, l’équipe de France manque surtout de vécu au plus haut niveau.

Contre les meilleures formations européennes, il suffit d’une seconde d’inattention pour encaisser un but. Les meilleurs joueurs du continent peuvent inverser le cours d’une rencontre, ils perçoivent très rapidement les faiblesses d’un adversaire. Ils savent quand accélérer, quand ralentir et à quel moment ralentir le rythme pour contrôler la rencontre. En France, nous manquons de joueurs capables d’avoir un impact sur une partie. Nous sommes encore trop naïfs, mais ça va venir, on se bat tous les jours pour accrocher les meilleures équipes du monde.

Etrangement, on a le sentiment que l’expérience olympique de 2016 n’a pas été suffisamment bonifiée. Il y a du mieux, bien sûr, d’indiscutables progrès, mais peut-être pas autant qu’on aurait pu le supposer.

Le groupe qui a qualifié l’équipe de France aux Jeux de Rio se connaissait très bien. Les joueurs évoluaient ensemble depuis des années. Après les Jeux brésiliens, le collectif a évolué. A Budapest, cette année, il n’y avait plus que quelques anciens de 2016. C’est l’évolution naturelle des choses. Il faut reconstruire, intégrer les jeunes car ce sont eux qui incarnent l’avenir, ce sont eux qui seront en première ligne en 2024. Et puis, il faut aussi dire que l’écart de deux ou trois buts qui nous sépare de l’Italie ou de la Grèce est le plus dur à combler. Ces buts, il va falloir vraiment aller les chercher et ce ne sera pas facile.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Les joueurs tricolores ne nourriraient-ils pas un complexe face aux grandes nations du water-polo mondial ?

C’était peut-être vrai pour les anciens, ceux de la génération de Rio qui ont fait faire un pas en avant incroyable au water-polo tricolore, mais pour les jeunes joueurs ce n’est plus le cas. Ces-derniers ont vu la France disputer les Jeux en 2016. Ils savent que c’est possible. C’est difficile, mais possible ! Aux entraîneurs tricolores, maintenant, de rassurer nos joueurs et de les convaincre qu’ils peuvent battre n’importe qui et pas seulement perdre par le plus petit écart. Je ne peux pas dire aux garçons que je suis content d’avoir perdu de trois buts contre l’Italie ou de deux buts contre la Grèce, ce serait contre-productif. On doit jouer pour gagner contre les meilleures nations comme face aux équipes qui évoluent à notre niveau.

Comment se projeter sur les Jeux de Paris sachant que les Bleus ne disputeront pas les JO de Tokyo ni le championnat du monde en 2021 ?

Nous allons essayer de trouver des occasions de se confronter aux meilleurs. Soit en se faisant inviter sur des tournois amicaux, soit en participant à la Ligue mondiale. On ne peut pas laisser les joueurs au repos pendant deux ans. Il faut qu’ils disputent des matches internationaux pour continuer de progresser. Il en va de l’avenir de la discipline en France.

Recueilli à Budapest par Adrien Cadot

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