Double médaillé aux championnats d’Europe sur 25 kilomètres, premier nageur français à participer à l’épreuve d’eau libre des Jeux olympiques en 2008 à Pékin et… détenteur du record de France de la Traversée de la Manche, Gilles Rondy a récemment repris l’entrainement… pour effectuer la moitié du tour de la Martinique à la nage. Soit 80 kilomètres en 22 heures et 7 minutes. Un exploit qui en appelle d’autres.

Qu’est-ce qui t’a pris de te lancer dans ce challenge ?

L’envie à nouveau de nager, de faire des trucs qui n’ont pas été faits, de chercher mes limites. Mais le déclencheur, ça a été des copains qui m’ont chauffé au sujet de Noam Yaron, le jeune Suisse qui a voulu faire la traversée Corse-continent (et qui a échoué à 2 kilomètres du but). Mais avant de me lancer sur 160 kilomètres, je me suis dit que ce serait peut-être bien de commencer par 80 (rires). 

Et pourquoi la Martinique ? 

J’y ai travaillé (pour EDF) et vécu pendant quatre ans. J’ai gardé des liens avec le club du Longvilliers club du Lamentin, où j’ai continué à nager un petit peu quand j’étais là bas. Et avec son président Robert Marajo. J’ai d’ailleurs choisi cette date (8-9 mai) parce que c’était son anniversaire.

Tu as continué à nager après les JO de Pékin ?

Pas vraiment. En 2017, j’avais fait la traversée Saint-Lucie - Martinique (40 km), puis l’année suivante le tour de l’île (190 km), mais en 10 étapes. Il y a 3 ans, j’avais fait la Manche en relais avec des copains. 

Le retour à l’entrainement s’est passé comment ? C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ?

Tu sens qu’il y a des restes (rires). Mais c’est compliqué de s’entrainer quand t’as un boulot, quand tu acas une vie de famille... Je m’y suis mis crescendo à partir du mois de novembre, en faisant en sorte de ne pas me blesser et en suivant consciencieusement le programme préparé par « Fred » Noël qui m’a entrainé quand je nageais à Toulouse et qui entraine aujourd’hui à Cholet. 

Tu es monté jusqu’à combien de séances et de kilomètres par semaine ?

4 séances par semaine avec une séance à plus de 10 bornes. La plus grosse semaine, j’ai fait deux séances à 7 bornes, 1 à 9, 1 à 14. Soit 37 bornes ou total.  A l’époque, je faisais des semaines à plus de 100 !

Mais il n’y a plus désormais la nécessité d’aller vite…

Effectivement, je n’étais pas sur des allures d’un 25 kilomètres en compétition. Mais quand tu rencontres du courant, tu dois quand même mettre un peu de vitesse. 

Par contre, tu as tenu à respecter les règles de l’eau libre…

Oui, j’ai effectué ses 80 kilomètres en maillot de bain et sans m’arrêter, ni toucher le bateau, avec le ravitaillement à récupérer au bout d’une perche. 

Tu avais déjà fait, le marathon de Santa-Fe - Coronda en Argentine. C’est comparable ?

57 bornes en descente de rivière, c’est beaucoup plus facile. Là avec les courants, c’était pas du tout le même délire. Surtout à la fin. Quand j’ai passé la dernière pointe, je voyais l’arrivée mais il restait encore presque 10 bornes et avec les vagues de face, j’ai mis deux bonnes heures.

Sur les très longues distances, comme celles-ci, est-ce qu’on rencontre des murs, comme au 30ème kilomètre sur le marathon ?

Il n’y pas un seul mur, mais plusieurs (rires). Globalement, les 10 première heures j’étais bien et puis à partir de là, j’ai enchainé 1-2 heures faciles, 1-2 heures dures avec le mental qui joue à certains moments.

Tu as certainement apporté une attention très particulière au ravitaillement… 

Je m’étais calé avec des nutritionnistes pour gober au minimum 75g de glucides par heure. Des boissons essentiellement mais aussi du solide. Une barre énergétique toute les 2 heures et toutes les 6 heures, une assiette de pâtes que je posais sur une bouée. J’ai fini par manger à la main parce que j’y arrivais pas avec une fourchette. En dehors de ça, ça s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas été malade. Je n’ai pas vomi, mais j’ai quand même perdu 5 kilos. Je pense que c’est un mix de déshydratation et d’un apport insuffisant de calories. 

Au niveau du sommeil, ça s’est passé comment ?

Aucune difficulté particulière. Par contre quand j’ai fini, j’ai pas mis longtemps à faire une sieste (rires). Surtout que j’étais arrivé l’avant-veille de métropole et que j’avais pas digéré le décalage horaire. 

Il y a eu du monde qui t’attendait à l’arrivée ? Ton aventure avait été bien relayée au niveau médiatique ?

Ça avait été bien annoncée à la télé locale, mais je suis arrivé plus tôt que prévu, 7h30 au lieu de 9h30. J’ai des collègues d’EDF qui sont arrivés à 9h, il n’y avait plus rien. J’étais parti me coucher (rires).

Tu es désormais focus  sur Calvi-Nice ?

Oui. Ça devrait être sans doute pour fin août. Il faut que je sois en vacances et que la mer soit chaude puisque je le ferai en maillot de bain. J’en profite pour lancer un appel : je cherche des partenaires !

Propos recueillis par Jean-Pierre CHAFES

 

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