À l’occasion des Championnats d’Europe de natation de Paris 2026, la Fédération Française de Natation s’associe à la Fondation FIER, qui œuvre pour l’inclusion et la lutte contre les discriminations envers les personnes LGBT+ dans le sport. Ancien nageur de l’équipe de France, champion du monde et champion olympique, Jérémy Stravius s’est engagé depuis un an comme ambassadeur de l’association. Un rôle qui lui tient particulièrement à cœur et qui lui permet de porter un message de prévention, de respect et d’inclusion auprès du monde sportif.
Quel est exactement votre rôle au sein de la Fondation FIER ?
Je suis ambassadeur de la Fondation depuis un peu plus d’un an. À ce titre, je suis amené à intervenir lors de différents événements sportifs ou institutionnels pour sensibiliser autour des questions liées aux droits des personnes LGBT+ dans le sport.
Cela peut être dans le cadre des Championnats d’Europe de natation avec la Fédération Française de Natation, mais aussi lors d’autres projets menés avec des partenaires ou des médias. L’objectif est toujours le même : promouvoir l’inclusion, favoriser le dialogue et faire avancer les mentalités.
Cet engagement est donc encore relativement récent.
Oui, cela reste récent. Nous sommes encore dans une phase de développement de la Fondation et de ses actions. L’idée est d’accompagner les sportifs, mais aussi d’autres personnalités du monde du sport qui souhaitent s’engager ou simplement mieux comprendre ces sujets. Nous essayons de créer un environnement où chacun peut se sentir libre d’être lui-même, sans crainte du regard des autres.
La collaboration entre FIER et la Fédération Française de Natation à l’occasion des Championnats d’Europe est-elle importante à vos yeux ?
Oui, c’est une très bonne chose. Je dis même « enfin » dans le sens où il est important de pouvoir aborder ces sujets de manière naturelle et visible. Heureusement, nous n’avons pas connu de situations particulièrement problématiques ou médiatisées dans la natation française, mais ce n’est pas une raison pour attendre qu’un incident survienne avant d’agir.
Je trouve au contraire très positif que la Fédération s’engage dès maintenant et qu’elle donne de la visibilité à cette démarche. C’est exactement ce que doit permettre une fondation comme FIER. On a tout de même le sentiment que la parole s’est libérée ces dernières années.
Vous avez d’ailleurs participé à plusieurs documentaires ou témoignages médiatiques.
Oui, notamment sur HBO ou Canal+. Ce type de projets a permis d’ouvrir des discussions qui n’existaient pas forcément auparavant. Mais les retours que j’ai reçus ne concernent pas uniquement le sport. J’ai également été contacté par des personnes travaillant dans d’autres environnements parfois très codifiés, comme la police ou la gendarmerie. Certaines m’ont expliqué qu’elles n’osaient pas parler de leur situation auparavant et que le fait de voir des témoignages publics les avait aidées à franchir le pas. Aujourd’hui, elles vivent leur situation beaucoup plus sereinement. C’est toujours très positif de constater que ces prises de parole peuvent avoir un impact concret sur la vie des gens.
Vous évoquez souvent le fait que vous n’avez personnellement jamais rencontré de difficultés dans la natation. Est-ce réellement le cas ?
Oui, sincèrement. Je n’ai jamais été confronté à des situations d’exclusion ou à des comportements homophobes dans mon environnement sportif. J’ai toujours été très bien entouré et très bien protégé. Mes entraîneurs, mes coéquipiers, mes amis, ma famille, mais aussi les journalistes qui me suivaient étaient respectueux de ma vie privée. Je sais, par exemple, que certains journalistes étaient au courant depuis longtemps. Ils m’ont toujours dit que si un jour je souhaitais en parler publiquement, ce serait mon choix. Et si je ne le souhaitais pas, ils respecteraient cette décision. C’est exactement ce qui s’est passé. Avec le recul, je mesure la chance que j’ai eue d’évoluer dans un environnement aussi bienveillant.
Votre expérience est donc plutôt un exemple positif ?
Oui, clairement. Si je prends mon parcours personnel, que ce soit en club ou en équipe de France, j’ai toujours été soutenu. Je n’ai jamais ressenti le besoin de me cacher ni la peur d’être jugé. Mais il faut aussi garder à l’esprit que mon expérience est celle du haut niveau. J’ai connu de grandes structures, des environnements professionnels et des personnes sensibilisées à ces questions.
Vous pensez que la situation peut être différente ailleurs ?
Oui, bien sûr. Je sais que les choses se passent globalement bien dans les grands clubs, mais il existe aussi de très nombreux clubs plus modestes, partout en France, dont on parle moins et que l’on connaît moins. C’est précisément pour cela que les actions de sensibilisation sont importantes. Si nous pouvons faire passer un message de respect et d’inclusion jusque dans les plus petits clubs, alors nous aurons déjà accompli quelque chose d’utile.
L’objectif n’est pas de pointer du doigt qui que ce soit, mais simplement de rappeler que chacun doit pouvoir pratiquer son sport dans un environnement serein et respectueux.
Quel message souhaitez-vous porter à travers votre engagement ?
Avant tout un message de prévention. Il faut éviter que certains pensent qu’ils peuvent tout dire ou tout faire sans conséquences. Les mots ont parfois un impact beaucoup plus important qu’on ne l’imagine. L’idée n’est pas de créer des oppositions ou des polémiques, mais simplement d’encourager le respect et la compréhension mutuelle. Plus on parle de ces sujets naturellement, moins ils deviennent tabous.
Concrètement, quelles seront vos actions pendant les Championnats d’Europe ?
Plusieurs rendez-vous sont prévus. Nous travaillons avec la Fondation FIER sur différents formats, notamment une table ronde consacrée aux enjeux LGBT+ dans la natation. D’autres thématiques pourront également être abordées, comme la question de la participation des personnes transgenres dans le sport. Il y aura aussi des temps d’échange avec le public, des séances de dédicaces et des présentations des actions menées par la fondation. L’objectif est de créer des moments de rencontre et de dialogue autour de ces questions.
Profiterez-vous également de l’événement pour intervenir sur d’autres sujets ?
Oui, probablement. Je suis aussi très impliqué dans les actions autour du savoir-nager. J’ai déjà participé à plusieurs opérations dans ce domaine, notamment avec EDF, et il est possible que je poursuive ce type d’interventions pendant les Championnats d’Europe.
La transmission reste quelque chose d’important pour moi. Que ce soit sur les questions d’inclusion ou sur l’apprentissage de la natation, l’idée est toujours la même : partager son expérience et essayer d’être utile.
Les Championnats d’Europe approchent désormais à grands pas…
Oui, et j’ai presque l’impression qu’on les attend depuis une éternité !
On en parle depuis tellement longtemps que cela fait plaisir de voir l’échéance se rapprocher enfin. Ce sera un très bel événement pour la natation française et pour l’ensemble des disciplines de la Fédération. J’ai hâte d’y être et de pouvoir contribuer, à ma manière, à cette grande fête de la natation.
Recueilli par J. C.
Plus d'informations sur la Fondation FIER : https://www.fondationfier.