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Pendant que le commun des mortels prenait du bon temps en vacances pour essayer de se ressourcer avant d’attaquer la rentrée, Steve Stievenart a connu un été chargé. Jamais avare de défis et de traversées en tout genre, le nageur français célèbre pour son aller-retour dans la Manche en 2020, a enchainé trois courses en un mois et demi. Débutées dans le lac Baïkal en Sibérie mi-juillet, ses aventures estivales se sont achevées dans le Loch Ness  fin août après une escale à New-York. 

Tes aventures estivales ont débuté mi-juillet en Russie au lac Baïkal. Comment cela s’est passé ?

L’expédition s’est déroulée en deux parties. Il y a d’abord la traversée du lac Baïkal que nous avons réussie avec une température de l’eau oscillant entre 4 et 5°C. Ensuite, nous devions descendre dans la rivière. Il fallait parcourir 25 km dans une eau à 4°C. Certains nageurs étaient en difficultés et souhaitaient effectuer des relais toutes les cinq minutes. D’un point de vue logistique c’est très compliqué à gérer. D’autant qu’un rideau de brouillard est rapidement tombé et que la course a dû être interrompue pendant 30 minutes. Nous avons pu reprendre brièvement avant que la décision d’arrêter la course ne soit prise. En temps normal, l’eau de la rivière est entre 10 et 12°C à cette période. C’est lors de ces aventures qu’on se rend compte encore davantage du dérèglement climatique. 

Pour la première fois, tu as partagé un défi en relais avec d’autres nageurs. 

C’est une opportunité extraordinaire de rencontrer tous ces grands nageurs qui ont chacun des parcours incroyables. Je sors vraiment grandi de cette expérience. Nous avons énormément échangé, partagé. Je ne suis pas depuis longtemps dans l’eau libre et j’aime bien dire que l’expérience ne s’achète pas mais se vit. Grâce à ce défi, j’ai pu côtoyer d’immenses nageurs de différents pays. 

Steve Stievenart (troisième en partant de la droite) et ses coéquipiers du relais dans le lac Baïkal (D. R.)

Lors de ton arrivée en Russie, avais-tu la sensation d’être comme un athlète de haut niveau qui arrive aux JO et rencontre des athlètes dont il est fan ? 

Bien sûr, j’étais comme un petit garçon. Les nageurs qui ont traversé le lac Baïkal avec moi sont des légendes. Mais finalement, je me suis vite rendu compte qu’ils étaient comme moi et que l’eau libre nous a tous aidé dans nos vie. Et puis il n’y a aucune rivalité entre nous, ça change la donne sur le rapport humain. 

Après les eaux froides de Russie, tu as décidé de rejoindre les eaux chaudes des États-Unis.

J’avais déjà réalisé un tour de Manhattan à la nage il y a deux ans et j’avais dans un coin de ma tête de parcourir les deux tours. Pour cela il fallait boucler 57 miles (91,7 km) dans des conditions incroyables. 

Steve Stievenart s'est ensuite lancé à la conquète des deux tours de Manhattan (Steve Stievenart)

Comment as-tu réussi à t’acclimater à la chaleur après le lac Baïkal ? 

Je ne pouvais pas rentrer directement aux États-Unis en raison des contraintes sanitaires liées au coronavirus. Je devais d’abord passer par un pays en dehors de l’espace Schengen. J’ai donc effectué une quatorzaine à Cozumel au Mexique. La température y était idéale, même si l’eau était un peu plus chaude qu’à New York. Je me suis donc entraîné là-bas avant d’entrer aux USA dans des conditions difficiles puisque les contrôles aux frontières étaient drastiques. 

Ce défi s’est-il déroulé comme tu l’imaginais ? 

C’est rare que tout se déroule comme prévu en eau libre. Le mot d’ordre est l’adaptation. J’ai connu les jours les plus chauds avec 40°C à l’extérieur et 25 dans l’eau. Cela m’a donné des crampes dans les deux mollets au bout de 30 minutes de course. Je suis parti à 11h du matin et pendant toute la durée du premier tour, voire un peu plus, j’ai eu des crampes. Cela a duré plus de dix heures. Je n’osais même pas actionner mes jambes. À chaque ravitaillement, lorsque je me remettais à la verticale, j’avais peur de ne plus pouvoir repartir à cause de ça. 

New-York la nuit, l'une des images marquantes de l'été de Steve Stievenart (Steve Stievenart)

Tu as nagé pendant plus de dix heures avec des crampes ?

Oui, mais tout cela se joue dans la tête. Je suis de nature optimiste et j’essaie d’entrer en connexion avec la nature pour souffrir le moins possible. J’ai également essayé de profiter des courants quand c’était possible. Et puis je m’auto-rassure énormément en me répétant que ça va passer et que la douleur n’est plus si présente. Je pense que ça crée naturellement une endorphine qui agit positivement et qui me dit que je n’ai plus mal. 

Le deuxième tour a-t-il été plus facile à gérer ? 

Non, bien au contraire. Il y avait une renverse de marée, ce qui m’obligeait à longer les berges le plus près possible pour ne pas reculer à cause du fort courant. J’ai dû mettre beaucoup d’intensité dans ma nage pour remonter le courant. D’autant que lorsqu’on nage près des berges, il n’y a pas beaucoup de fond. A un moment donné, il n’y avait presque plus d’eau, ce qui m’a obligé à nager la brasse pendant deux kilomètres. Et c’est loin d’être ma spécialité (rires). Après ça, c’était plus confortable. La nuit est tombée et cela reste un de mes plus beaux souvenirs. On se rend compte de tout. Les sirènes, le train qui passe au dessus du pont, les gens qui s’arrêtent pour t’encourager. 

Steve Stievenart a bouclé les deux tours de Manhattan en 21h20 (Steve Stievenart)

Combien de temps t’a-t-il fallu pour boucler cette épreuve ? 

J’ai mis 21h20 pour boucler ce défi. J’ai également eu un gros coup de stress avant la fin. Il y avait un peu de courant favorable et des gens pêchaient. Nous sommes arrivés à leur hauteur et le temps qu’ils nous voient, ils n’ont pas eu le temps de remonter toutes les lignes. Mon kayakiste avait des lignes dans la pagaie. Après le filet de pêche dans la Manche lors du Two-Way, je pense que je n’ai pas de chance avec tout cela (rires). 

Physiquement, dans quel état as-tu terminé cette course ? 

J’ai ressenti d’importantes douleurs à l’épaule et au poignet. En rentrant en France, on m’a diagnostiqué une tendinite et prescrit un mois d’arrêt. L’ostéopathe m’a clairement fait comprendre que je ne devais pas forcer si je ne voulais pas que ce soit plus grave. Je décide donc de me reposer un peu. Puis mon entraîneur Kevin Murphy m’a appelé. 

Steve Stievenart en compagnie de son entraîneur lors de la traversée du Loch Ness (Steve Stievenart)

Que t’a-t-il dit ?

Nous faisons un point sur mes récents défis et il me dit qu’il se trouve avec un nageur qui vient d’échouer dans la traversée du Loch Ness. Il m’explique que les conditions sont bonnes et qu’il y a une bonne fenêtre. Je lui explique que je ne suis pas au meilleur de ma forme. 

Et finalement tu décides d’accepter. 

Je réfléchis quelques jours et je me dis que l’eau froide fera du bien à mon poignet (rires). Le Loch Ness, ça m’a toujours fait rêver. J’effectue donc les modalités pour mon départ et je prends l’avion dans la foulée. À mon arrivée, mon entraîneur vient me chercher et je vais directement m’entrainer. 

Steve Stievenart dans les eaux noires du Loch Ness (Steve Stievenart)

Quelles sont tes premières impressions ? 

L’eau est incroyablement noire. Je ne voyais même pas mes mains dans l’eau. Il n’y a aucune visibilité. Je nage 15 minutes et je ressors avec le poignet gonflé et l’épaule en vrac. Je me dis que ça va aller et que cela va me faire du bien. Mais l’eau est à 17°C au lieu de 10-12 habituellement. Il faut savoir que cette traversée existe depuis 1966 et que seulement 25 personnes l’ont réussie. Il y a 90% d’échecs sur cette épreuve. Mais je l’ai su après, heureusement. 

Dans quel état abordes-tu cette course ? 

Je prends le départ le jeudi à 6h45. Il pleut mais il n’y a pas de vent. Au départ, tout se passe bien, le soleil fait même son apparition. Je continue à prendre mes repères sur les berges et au bout de 5 ou 6h, je regarde ce qu’il y a autour et j’aperçois un château. Au fil du temps, j’avais l’impression de ne pas avancer. En réalité, je suis resté deux heures devant sans bouger à cause du courant. C’était vraiment décourageant. Un peu plus loin, le courant m’a carrément fait reculer. 

La joie de Steve Stievenart après la traversée du Loch Ness. Il est devenu le 26ème nageur de l'histoire à réussir ce défi et le premier Français (Steve Stievenart)

Comment réagis-tu ?

Je continue à nager et je vois que le vent se lève. Par chance il est du bon côté et me pousse un peu. Mon entraîneur pensait que je mettrais 12 heures pour achever cette traversée. Mais la nuit commence à tomber et cela devient très angoissant. Il fait tout noir. Dehors et dans l’eau. J’ai ressenti un grand coup de stress d’un coup et une tension palpable. La course prend alors une autre dimension. Il me restait quatre heures. C’est long et très dur. D’autant que je m’étais conditionné pour que cela dure 12 heures. Au final, j’ai mis 14h50 pour accomplir ces 37 kilomètres. 

Et ton poignet ?

Ça ne l’a pas guéri (rires). Mais je m’attendais à pire. Sur cette course, ce sont surtout mes douleurs dentaires qui m’ont posé problème. En rentrant des États-Unis, j’ai ressenti de grosses douleurs et je suis parti au Loch Ness avec un nerf à vif. Mais il faut réussir à faire abstraction de tout ça. 

Ton été est-il désormais terminé ? 

Je vais prendre quelques jours de repos avant de reprendre l’entraînement en Angleterre. Mais cette fois je n’ai pas de défi particulier en tête. Ou alors je vais peut-être refaire une petite traversée de la Manche si l’occasion se présente et que les conditions sont bonnes. 

Recueilli par Jonathan Cohen

 

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