« Une année quasi blanche » | Fédération Française de Natation
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Vendredi 3 Avril 2020 - 10:15

Confiné dans son appartement montpelliérain, Damien Joly, 27 ans, a accueilli l’annonce du report des Jeux olympiques de Tokyo en 2021 avec soulagement. Le nageur de Philippe Lucas n’a, en effet, repris l’entraînement qu’en janvier dernier en raison d’une opération à l’oreille qui l’a tenu éloigné des bassins pendant près de sept semaines en début de saison, un gouffre dans une année olympique. Au-delà de son cas personnel, Damien considère également que le report des JO va permettre à tous les athlètes en quête d’une qualification olympique de se préparer sur un pied d’égalité. Il n’en oublie pas moins la lutte engagée contre l’épidémie de COVID-19 qui sévit en France et dans le reste du monde et l’investissement de ses proches, à commencer par sa sœur et sa mère.

Où vis-tu ce confinement ?

Je suis resté dans mon appartement, à Montpellier. Mon père a une santé un peu fragile, ma grand-mère habite avec mes parents et elle vient d’avoir 90 ans. J’ai préféré ne pas prendre de risques et rester tranquillement chez moi. J’ai des nouvelles tous les jours par téléphone.

Est-ce difficile d’être loin d’eux ?

On est habitué, ça fait un moment que je ne vis plus chez mes parents, mais c’est vrai que ma soeur est infirmière et travaille de nuit en ce moment. Elle est un peu fatiguée, mais elle fait du mieux qu’elle peut. Ma mère, qui est aide-soignante et continue à travailler, est forcément inquiète, mais pour l’instant tout le monde se porte bien.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Ta soeur est-elle en unité « coronavirus » ?

Non, à la base elle est en service de gastro-entérologie. Ce n’est pas facile tous les jours parce qu’elle a déjà été confrontée à des cas graves. Je respecte vraiment ce qu’elle fait parce que ce n’est pas facile. À Montpellier, ils ont mis tous les patients touchés par le coronavirus dans un hôpital et elle travaille dans une autre structure qui accueille les autres pathologies.

Tu as connu un début de saison compliqué avec une opération. Comment vas-tu désormais ?

J’ai eu une reprise compliquée en septembre avec un petit souci à l’oreille. J’ai trouvé un super ORL à Montpellier qui m’a tout de suite pris en charge et qui a fait le nécessaire. J’ai repris début janvier et je commençais à retrouver mon niveau à l’entraînement. Malheureusement, la pandémie m’a freiné, mais c’est bien plus important que le sport. Et puis désormais on sait que les JO auront lieu en 2021. Je pense que c’était la meilleure décision à prendre. J’ai connu une année quasi blanche. Du coup, je n’ai participé à aucune compétition internationale. Je me suis entraîné cinq mois dans l’année. On va voir ce qu’il en est pour la fin de saison. La priorité, c’est la santé !

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Ce report va te laisser une année supplémentaire pour te préparer.

Depuis que je suis avec Philippe (Lucas), je suis vraiment motivé et ça se passe bien avec lui, même si c’est dur (sourire)… On a un super groupe d’entraînement et je prends du plaisir ! J’ai toujours cet objectif olympique en tête et c’est vrai que j’aurais peut-être été un peu court cette année au niveau de la planification de l’entraînement. C’est mieux pour tout le monde, je pense, que les Jeux aient été reportés. Je reste positif et je vais continuer à faire du mieux possible pour performer. L’année prochaine, je serais encore mieux préparé et j’espère, encore plus performant.

Penses-tu que l’année prochaine sera encore plus difficile à l’entraînement ?

Ce qui est dur, c’est l’intensité tout au long de l’année ! Il me semble malgré tout que j’ai franchi un cap mental. J’ai aussi participé à des 10 kilomètres en eau libre et ça sert beaucoup pour un nageur de 1 500 m. Philippe sait comment organiser les choses pour tirer le meilleur de chacun d’entre nous. Je ne pense pas que ce sera plus dur l’année prochaine, mais il faudra répondre présent chaque jour et être sérieux et professionnel. Tout vient de la motivation et le reste suit.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Avez-vous déjà une idée de la planification des prochains mois ?

Tout est flou ! Philippe et Stéphane Lecat s’appellent souvent et essaient de faire bouger les choses, mais en ce moment, il vaut mieux attendre sagement chez soi que la pandémie se calme et que le monde soit moins touché. J’ai échangé avec des concurrents étrangers qui sont devenus des amis et qui me disent qu’ils ont trouvé des solutions pour continuer à s’entraîner en respectant les règles de sécurité sanitaires. Ce n’est pas le cas en France, mais maintenant qu’on sait que les JO se tiendront à l’été 2021, on est un peu plus tranquille. À côté de ça, on ne sait pas quand le confinement sera levé ni quand l’entraînement pourra reprendre.

Est-ce difficile de vivre avec cette incertitude ?

Le plus important était de connaître la date des JO. Je suis serein à 100% maintenant. Tout le reste va se mettre en place quand on saura à quel moment on pourra reprendre l’entraînement. Philippe adaptera la préparation pour qu’on ait notre pic de forme au moment des Jeux olympiques de Tokyo. Pour le moment, on attend chez nous et ce n’est vraiment pas le plus difficile. J’ai l’exemple de ma mère et de ma soeur qui vont travailler tous les jours. Je suis sous contrat avec la police et je vois que de nombreux policiers sont mobilisés au quotidien. Moi, je suis à la maison, je patiente, je fais un peu de sport. Il faut relativiser, il y a plus grave.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Justement, as-tu une routine particulière ?

J’essaie de garder un rythme de vie de sportif de haut niveau en me levant assez tôt le matin. Je fais une séance de PPG et musculation avec des éléments que j’ai pu récupérer de notre salle de musculation à Montpellier. Stéphane Lecat et Julien Issoulié s’impliquent beaucoup en nous envoyant des circuits training et des infos sur la nutrition. On n’est pas tout seul. On a un PDF de 80 pages chaque semaine avec de nombreux exercices. Chaque après-midi, je vais courir pas très loin de chez moi. Il y a un parcours avec une côte. Je fais à peu près 6 km. C’est parfait pour entretenir son cardio. Ça me va comme ça. Je suis de nature assez solitaire donc c’est plutôt facile pour moi.

Ton arrêt en raison de ton opération à l’oreille te permet-il de relativiser par rapport à cette pause imposée ?

On sait qu’on a du temps pour préparer les Jeux. C’est sûr que moins on s’arrête mieux c’est, mais je continue à m’entretenir. Après mon opération de l’oreille, j’ai eu sept semaines d’arrêt total sans pouvoir faire la moindre activité physique. J’ai perdu presque dix kilos depuis décembre et je sais ce que c’est de ne rien faire pendant deux mois. Là, je m’entretiens et je sais que la reprise sera moins difficile qu’après mon opération.

Recueilli par Jonathan Cohen

POUR UN CONFINEMENT REUSSI

Un jeu : J’avoue que je joue pas mal à la console et notamment à Fortnite en réseau avec Jordan Coelho, Loris Bourelly, Paul Beaugrand, Kevin Lasserre. Ça maintient le lien social.

Une recette : Les pâtes carbonara, c’est mon petit faible ! C’est la recette de ma soeur et elles sont super bonnes. J’essaie de me les faire une fois par semaine parce qu’il ne faut pas abuser (rires)... C’est le repas que j’aime le plus en ce moment.

Une chanson : Il y en a une qui revient souvent, c’est une vieille chanson que mes parents chantaient et ma copine qui est Russe l’aime beaucoup : « Salade de fruits, jolie, jolie, jolie » de Bourvil. Avec mon nom de famille en plus. C’est un peu la chanson de la famille (sourire)

Une série : J’ai regardé la dernière série de Franck Gastambide, Validé. Je l’ai terminée en deux jours et je l’ai trouvée vraiment bien. J’attends maintenant la saison 2.

Un exercice de sport : Le gainage. En ce moment j’en fais beaucoup et je vois que je progresse tous les jours. Tu prends un chrono, les deux pieds par terre, les deux coudes au sol, c’est assez simple.

Le saviez-vous ?

Les premiers championnats du monde de natation se sont disputés en 1973 à Belgrade
12,7 millions de français pratiquent la natation en loisir
Les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 sont les premiers depuis Munich en 1972 à se dérouler sans aucun boycott.
Le water-polo a été le premier sport collectif français champion olympique à Paris en 1924. Les Bleus ont battu la Belgique en finale (3-0).
Le plongeon tricolore n’a ramené qu’une médaille olympique. C’était Mady Moreau en 1952 à Helsinki, qui a terminé deuxième du tremplin à 3 m
Les championnats du monde de Barcelone en 2013 sont les premiers à avoir accueilli des épreuves de High Diving
L’eau libre a fait son apparition aux J.O. en 2008. Seul le 10 km figure, au programme de la plus grande compétition planétaire
Le plongeon a intégré le programme olympique dès les Jeux Saint-Louis en 1904
Environ, 6 400 bassins existent en France, 650 bassins sont certifiés FFN
Jean Boiteux a remporté le premier titre olympique de la natation française aux Jeux d’Helsinki de 1952  avec 400 m nage libre en 4’30’’07
La FINA inaugure les épreuves des duos mixtes en natation synchronisée lors des championnats du monde de 2015 à Kazan.
Les relais mixtes apparaissent pour la 1ère fois en compétition officielle lors des champ. d’Europe de Chartres en petit bassin (2012)
Pour la première fois il y aura une épreuve de duo mixte en natation synchronisée aux championnats du Monde 2015

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