Alex Portal : « En équipe de France, on m’appelle « le bigleux », mais ça me fait marrer » | Fédération Française de Natation
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Vendredi 10 Septembre 2021 - 09:45

Petit-fils d’une grand-mère présidente du club du Pecq (Yvelines), Alex Portal a fait ses débuts aquatiques à l’âge de cinq ans avec les valides. Sept ans après, le nageur de Saint-Germain-en-Laye (sa ville de naissance et son club) découvre le handisport. En raison de ses yeux « partant en cacahuète », ce malvoyant a été contraint d’arrêter le tennis parce qu’il ne distinguait pas les balles. Au passage, il tourne aussi le dos au judo et à l’équitation. Alors, même s’il se prend des murs parfois au virage, rien ne l’arrête pour embrasser la natation comme guide vers le haut niveau entraîné par Guillaume Benoist. Lui qui « incarne la gagne » selon tous ses entraîneurs, s’applique « à nager bien droit » puis devient vice-champion du monde sur 200 m 4 nages (2’12’’14) et bronzé sur 400 m nage libre en 2019 : à dix-sept ans, seulement ! Parallèlement, Alex poursuivit des études en cycle universitaire de préparation aux Grandes Ecoles en physique-chimie. Après ses deux premières médailles à ses premiers Jeux paralympiques (l’argent sur 200 m 4 nages en 2’09’’92 et le bronze sur 400 m nage libre en 4’06’’49) de Tokyo, Alex Portal (19 ans) voit un rêve en grand pour ses seconds Jeux à Paris en 2024…

Comment définis-tu ton handicap ?

Comme mon frère Kylian (15 ans) atteint du même handicap que moi, mon fond de l’œil a été abîmé par une maladie génétique. Maintenant, je n’apprécie plus les distances, je ne vois plus les gens, je distingue juste l’ombre des silhouettes. Je lis avec des caractères très agrandis. Si je lis de très près ou si je regarde la télévision de très près, rapidement, j’ai très mal à la tête donc j’abandonne.

Comment fais-tu pour nager sans voir ?

Au début, l’angoisse était de me cogner, au virage ou à l’arrivée, contre le mur. Très vite, j’ai su me repérer à la voix de mon entraîneur marchant le long du bord, puis en comptant mes coups de bras. Après, grâce à une concentration extrême pompant beaucoup d’énergie, tout se devine au feeling et à l’allure.  Aujourd’hui, à deux mètres près, je sais où je suis ! Dans l’eau, je suis dans mon élément. Alors, aucunement freiné par mon handicap, je me sens libre !

Où es-tu le plus en difficulté ?

Ah, j’aimerai vraiment voir nager mon petit frère ! En étant très près du bord, j’arrive un peu à deviner ce qu’il fait, malheureusement pas plus ! Mais heureusement, comme nous développons un ressenti très fin de nos sensations, j’aime les partager avec lui.

(Photo : France Paralympique)

Est-ce un problème de ne pas voir ses adversaires ?

En natation, en général, pas vraiment parce que je dois faire ma course en me focalisant sur moi-même. Du coup, au final, sur un plot de départ, nous sommes tous sur un pied d’égalité !

Comment fais-tu pour tes études ?

Quand je peux, je me mets à un mètre du tableau pour essayer de suivre un maximum. J’utilise de gros caractères sur mon ordinateur, une règle ou un rapporteur adapté, des feuilles pour malvoyants. Grâce à l’aide de mes professeurs et de très bons camarades, j’agrandis des notes, je photocopie sur du A3. Je dois aussi redoubler de concentration pendant mes cours afin de bien tout retenir. Je veux devenir ingénieur en énergies renouvelables. Finalement, à chaque problème, je trouve une solution !

Au quotidien, es-tu très entravé ?

Comme j’ai des grosses journées avec deux entraînements (un à 6h30 puis un, le soir) et des cours de 8 heures à 17 h30, je reste dans des endroits très familiers pour éviter de perdre du temps ou de me perdre : aucun problème puisque je connais le parcours par cœur ! En dehors, mes parents m’accompagnent, parfois, aussi, en voiture. Sinon, j’évite de circuler seul notamment dans le RER où je ne lis pas les panneaux : alors je l’avoue, comme c’est moins simple, je panique vite.

(Photo : France Paralympique)

Comment vis-tu au sein de l’équipe de France paralympique de natation où tu es le benjamin ?

Oh, super bien avec une super ambiance même si nous avons de 18 à 53 ans et des handicaps différents. Comme de tradition nous nous filons des surnoms liés à notre handicap. Moi, je suis « le bigleux », Ugo (Didier, son compère de toujours) est « sans mollets » ou un autre « deux doigts », un quatrième « demi portion » : ça nous fait marrer !

Quelle est ta devise ?

« Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être, croyez-en vous et ils se réaliseront sûrement », de Martin Luther King.

Aujourd’hui, après tes deux médailles pour tes premiers Jeux paralympiques (catégorie S13), quel est ton plus grand rêve sportif ?

Même si je dois arriver en pleine maturité sportive à Paris en 2024, même si j’ambitionne de monter sur un podium, mon plus grand rêve serait d’y participer avec mon frère, spécialiste, lui, du 100 m papillon.

Propos recueillis par Sophie Greuil

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