Elisbet Gamez Matos, Cuba libre | Fédération Française de Natation
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Jeudi 16 Mai 2019 - 11:00

Comment peut-on apprendre à nager dans une rivière à 8 ans et finir aux Jeux Olympiques à 19 ans ? C’est le parcours incroyable de la Cubaine Elisbet Gamez Matos. Aujourd’hui, à 22 ans, ses chronos feraient d’elle la deuxième nageuse française sur 200 m nage libre (derrière l’incontournable Charlotte Bonnet, championne d’Europe en titre de la spécialité l’été dernier aux Euro de Glasgow, ndlr).

Elisbet, raconte-nous ton incroyable histoire depuis le début.

Je n’ai pas l’impression que mon histoire soit si extraordinaire que cela, même si tout le monde me le dit. Je suis originaire de Baracoa. Il n’y a pas de piscine là-bas. Tout au plus, quand j’étais enfant, mes parents m’emmenaient jouer dans la rivière à côté de la maison, la Miel. Et puis un jour, j’étais à l’école primaire et l'entraîneur, monsieur Luis Manuel Abad, est venu en classe nous proposer de nous apprendre à nager. J’avais huit ans. J’ai essayé, pour voir. A l’époque, le groupe comprenait à peine une douzaine de jeunes nageurs. On se retrouvait le soir, après l’école sur les berges de la rivière, tout près de chez moi. C’est comme ça que tout a commencé. Je n’imaginais pas un seul instant que la natation me permettrait d’aller jusqu’aux Jeux ou de visiter 17 pays différents.

Baracoa est une ville de 80 000 habitants située à l’extrémité Est de Cuba. En 1492, c’est à proximité de Baracoa qu’accoste Christophe Colomb, croyant mettre le pied en Chine. La ville devient en 1511 la première cité « occidentale » érigée sur le continent américain. La ville n’a, à ce jour, toujours pas de piscine. Pour aller de La Havane à Baracoa, on a le choix entre 18 heures de bus ou 2 heures d’avion (l’avion fait l’aller-retour depuis Cuba deux fois par semaine, le mardi et le jeudi) (D. R.).

Il y a aujourd’hui, près de vingt nageurs qui s’entraînent à Baracoa !

Je trouve cela incroyable ! C’est formidable aussi de se dire que j’ai peut-être ma part de responsabilité dans cet engouement. Très tôt, j’ai fait de la nage libre. J’avais 10 ans quand j’ai participé à ma première compétition qui avait lieu à Guantanamo, la capitale de ma province, c’était les « Jeux scolaires de Granma ». Et c’était vraiment bizarre parce que c’était la première fois de ma vie que je voyais une piscine ! J’étais terriblement stressée avant ma course, un 50 m nage libre. Et mes parents n’étaient pas là pour me rassurer, nous n’étions qu’une dizaine de nageurs de Baracoa et le coach. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Mais pour finir, ça s’est bien passé, et j’ai pris la deuxième place. J’ai toujours cette toute petite médaille, dans une boîte, chez mes parents. Je la garde avec d’autres médailles qui ont compté pour moi. Les suivantes sont beaucoup plus grosses. Là, c’est juste un petit bout de métal au bout d’une cordelette. Mais j’étais tellement contente et tellement fière de cette médaille ! Cette compétition a été déterminante dans ma carrière de nageuse car elle a changé mon approche de la natation. Avant, je nageais pour m’amuser, sans ambition sportive. À partir de là, j’ai vraiment voulu progresser, m’améliorer. Je suis devenue plus sérieuse à l’entraînement.

La rivière Miel est une petite rivière, généralement calme, qui coule à cent mètres de la maison familiale des Gamez. L’entraînement s’y déroule potentiellement tous les jours. Potentiellement car, en fonction de la météo, du niveau de l’eau, du courant, il faut parfois renoncer. Généralement, les nageurs la traversent d’une rive à l’autre, soit environ 25 mètres, mais parfois ils nagent dans le sens de la longueur pour pouvoir s’entraîner plus longtemps. Le courant y est généralement faible. Le soir, l’eau est chaude (environ 27°) et assez turbide (FFN/Éric Huynh).

Et puis tout s’enchaîne ?

Dès l’année suivante, avec une sélection régionale, je me suis rendue à la Havane où une compétition de détection des talents avait lieu. Et j’ai été détectée ! Dès lors, j’ai intégré un Sport-Étude dans la capitale. C’était difficile pour une enfant de 11 ans d’être ainsi séparée de ses parents. Les premiers mois, je pleurais tous les soirs. Je voulais rentrer à Baracoa retrouver mes amis et ma rivière. On s’entraînait beaucoup, dix fois par semaine, sans compter la gym. J’étais tout le temps épuisée. À 13 ans, j’ai fait ma première compétition internationale au Venezuela, les « Jeux de l’Alba ». J’étais nerveuse avant ma course car il n’y avait pas de catégorie d’âge, je nageais donc avec des filles beaucoup plus âgées. Mais j’ai quand même rapporté deux médailles de bronze. J’étais à la fois contente, mais aussi frustrée, parce que je n’avais pas fait mes meilleurs temps.

(FFN/Eric Huynh)

Et tes premiers faits d’armes cubains, t’en souviens-tu ?

J’ai été championne de Cuba pour la première fois à 14 ans. J’ai battu mon premier record national, celui du 200 m nage libre à 16 ans. Depuis, je ne sais pas combien de records de Cuba j’ai battus (rires)... Il faut dire que j’en bats tous les ans !

Et les Jeux de Rio ? Quels souvenirs en gardes-tu ?

J’en garde surtout le souvenir d’une préparation extrêmement dure. Je n’avais que 19 ans, j’étais loin de ma famille et de mes amis. Ça m’a marquée. Mais pendant la compétition elle-même, bien sûr, beaucoup de pression mais aussi beaucoup d’excitation ! Des souvenirs merveilleux, pour toute une vie. J’ai croisé les plus grandes stars de la natation mondiale, j’ai fait des photos avec mes champions préférés, je me suis promenée dans Rio. Et pour finir, j’ai été très fière parce que j’ai fait mon meilleur temps de l’époque en 2’01.’’08.

Elisbet Gamez Matos en compagnie de Florent Manaudou lors des Mondiaux petit bassin à Doha en décembre 2014 (D. R.).

Et encompagnie de Camille Lacourt également (D. R.).

Et depuis ?

Depuis, je continue de progresser. J’ai essayé l’eau libre, mais ça ne me plaît pas tellement. Je préfère la natation en bassin. Je fais beaucoup d’efforts pour progresser sur mes points faibles : la culbute et la reprise de nage. Je pense que ce sont des points faibles parce que j’ai appris à nager dans la rivière où on ne fait pas de culbutes et où on ne peut pas bien travailler la reprise de nage. Mais je progresse. J’ai nagé 1’58’’55 aux Jeux de l’Amérique Centrale et des Caraïbes en 2018. C’est vraiment une performance car en 2017, j’ai été exclue six mois de l’équipe nationale parce que je m’étais battue avec une fille pour une histoire de mecs (rires)... Du coup, j’ai dû retourner à Baracoa et je me suis de nouveau entraînée dans la rivière avec mon coach historique. Ce fut très difficile de retravailler dans ces conditions, sans culbutes ni plongeon. Il faut être très forte pour endurer cela. Même si ça a été une belle occasion de passer du temps avec ma famille. Sportivement, j’ai eu un peu le sentiment de perdre du temps. Je nageais seule, je n’avais pas de concurrence alors que j’adore ça. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je suis meilleure que les autres filles. J’adore m’entraîner avec les garçons, j’essaye toujours d’aller plus vite qu’eux et ça les énerve (rires)

(FFN/Eric Huynh)

Et pour la suite ?

J’espère me qualifier sur les 200 et 400 m nage libre pour les jeux de Tokyo. Mais, alors qu’à Rio, je me suis qualifiée sur un critère de Coubertin, là, j’espère bien faire les temps B, voire les temps A. Je sais que j’ai encore une marge de progression. J’aimerais bien aussi venir nager en Europe car les conditions sont meilleures qu’ici.

Recueilli à Cuba par Éric Huynh

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