« Mentalement, il faudra être fort » | Fédération Française de Natation
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Jeudi 16 Avril 2020 - 11:30

Confinée à Antibes en compagnie de son petit-frère Orwan depuis le 17 mars, Fantine Lesaffre, championne d’Europe 2018 du 400 m 4 nages, met à profit cette longue parenthèse pour se mettre au yoga et travailler avec une préparatrice mentale. L’occasion d’aborder des aspects de la performance négligés jusqu'alors. L’opportunité aussi de ne pas céder au doute et de se focaliser, dès à présent, sur les Jeux olympiques de Tokyo reportés en 2021.

Où es-tu confinée ?

Je suis chez moi, à Antibes, avec Orwan, mon petit-frère !

Comment se passe ton confinement depuis un mois ?

C’est un peu long ! On s’ennuie un peu, forcément... Heureusement, notre préparateur physique nous a adressé des séances à faire à la maison. On s’y colle tous les jours avec mon frère. J’ai commencé le yoga au début du confinement et puis nous sortons deux à trois fois par semaine pour faire des courses, mais les journées se ressemblent quand même beaucoup…

Un confinement d’autant plus difficile à vivre pour des athlètes de haut niveau qui ont l’habitude d’avoir de longues journées bien remplies.

Depuis que les Jeux ont été reportés, je me suis un peu mise en mode vacances. Bien sûr, je continue de m’entretenir physiquement, mais tous mes objectifs sont repoussés. Quand le confinement sera fini, on reprendra l’entraînement normalement. En attendant, j’essaie de me détendre et je profite de ces longues journées pour travailler sur d’autres aspect de la performance avec une préparatrice mentale.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Avec l’ambition de mettre à profit cette « parenthèse » pour en tirer du positif ?

J’essaie de voir le bon côté des choses en me disant que j’ai un an de plus pour travailler. Il y a certaines choses que je n’avais pas fait correctement cette saison alors j’en profite pour me concentrer dessus…

Comme quoi ?

Cela faisait un moment que je voulais travailler avec une préparatrice mentale. J’ai commencé en janvier dernier, mais nos séances étaient encore trop superficielles. Maintenant que j’ai du temps, j’essaie de le mettre à profit pour corriger certaines attitudes et améliorer mon approche des compétitions. A terme, je pense que cela me sera vraiment bénéfique.

Malgré tout, et comme l’a annoncé le président de la République le lundi 13 avril dernier, le déconfinement n’est pas pour tout de suite. Si les événements le permettent, il devrait être amorcé à partir du 11 mai. Il reste donc encore un mois à tenir. Crains-tu que ces huit semaines de confinement soient difficiles à rattraper ?

En général, je nage entre 4 et 5 heures par jour, cela représente environ 14-15 km. Là, je sais très bien que je vais perdre énormément, même si je fais du sport à la maison. Je sens bien que mon corps est moins athlétique qu’il y a un mois alors le 11 mai, j’aurais beaucoup perdu, c’est certain ! Malgré tout, je me dis qu’il me reste une année pour travailler d’ici les Jeux de Tokyo. J’essaie de ne pas trop y penser. Je prends les choses au jour le jour et on verra comment la reprise va s’opérer. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je reprendrai en douceur pour ne pas prendre le risque de me blesser. D’autant que j’ai besoin de beaucoup nager pour être forte !

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

De quelle manière as-tu accueilli le report des Jeux olympiques de Tokyo ?

Il y a d’abord eu un peu de frustration parce que ça fait quatre ans que je les attends. Mais comme je le disais, il y a certains domaines que je n’ai pas suffisamment investi, donc disposer d’une année supplémentaire va me permettre de progresser davantage.

Ce report impose néanmoins de s’adapter. A quoi va ressembler ton été désormais ?

Il n’y aura probablement pas de compétitions ! L’idée, ce sera de rattraper le retard accumulé, mais en abordant les choses différemment. J’en ai déjà parlé avec mon coach (Franck Esposito) et il est prévu qu’en plus de mes séances d’entraînement quotidiennes, on ajoute des activités extérieures. La saison qui s’annonce sera forcément différente. Il va falloir s’adapter, c’est certain, innover et tenter de nouvelles choses. C’est surtout mentalement qu’il faudra être fort.

En reportant les Jeux de Tokyo en 2021, il ne reste plus que trois années pour se préparer au rendez-vous parisien de 2024. Est-ce que cela change quelque-chose dans ton esprit ?

Honnêtement, je n’y ai pas pensé car je suis complètement focalisée sur les JO japonais. Après, trois ans, c’est quand même une bonne période de travail. Ça devrait suffire. En ce qui me concerne, j’ai prévu de nager jusqu’à Paris 2024, alors je me dis aussi que trois ans, ce sera plus facile à aborder. Je me poserais sans doute moins de questions au moment de reprendre après les Jeux de Tokyo (sourire)

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Est-ce que la compétition te manque ?

Oui ! Au début du confinement ça me faisait du bien d’être tranquille et de faire autre chose que de nager, mais très vite l’envie est revenue. Je suis tellement habituée à enchaîner les kilomètres et à défier des adversaires que c’est difficile de ne pas y penser. D’autant que cette semaine, nous devrions être aux championnats de France de Chartres, qualificatifs pour les Jeux de Tokyo. Alors forcément, j’y pense beaucoup ! Normalement, mardi dernier (le 14 avril), j’aurais dû nager mon 400 m 4 nages et décrocher mon ticket pour les JO…

As-tu gardé le contact avec tes partenaires de club ou de l’équipe de France ?

Oui, bien sûr ! J’appelle mes copines régulièrement, mais on évite de parler de natation parce qu’on sait que le déconfinement n’est pas pour tout de suite. Et puis après, on ne sait pas comment nous allons sortir de tout ça… Tant que nous n’aurons pas une date fixe sur la reprise de l’entraînement, ça restera flou et incertain.

Le fait d’être une athlète de haut niveau doit tout de même t’aider à te discipliner pendant ce confinement, non ?

Oui, c’est sans doute un peu plus facile, mais heureusement que notre préparateur physique nous envoie des programmes d’entraînement chaque semaine. Disons que ça permet de garder le rythme. Mais bon, ça n’empêche pas d’avoir encore pas mal d’heures à tuer (sourire)

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Comment t’occupes-tu ?

Il y a Netflix, Disney +… Avec mon frère, on dessine beaucoup. On s’occupe comme on peut (sourire)

Qu’en est-il de la nutrition ?

Pour ma part, je ne fais pas attention à ce que je mange parce que j’ai plutôt tendance à perdre du poids. En temps normal, je ne m’interdis pas grand-chose. C’est toujours le cas. Je sens malgré tout que j’ai perdu du muscle et que je suis moins athlétique qu’il y a un mois, mais je sais que vais reprendre très vite. En général, une semaine d’entraînement me permet de retrouver un bon état de forme. Ce n’est donc pas quelque chose qui m’inquiète.

Ce confinement partagé avec Orwan, ton petit-frère, est-il plus facile à vivre ?

Si j’avais été seule, tout aurait plus compliqué ! Là, on se motive pour se lever, pour faire du sport ou des courses… On s’occupe aussi beaucoup ensemble. Non, franchement, je n’aurais pas aimé vivre ce confinement toute seule !

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Tout a l’air de bien se passer. Est-ce qu’il y a, malgré tout, des moments de doute ?

Au tout début du confinement, il y a eu des doutes… On était à un mois des championnats de France qualificatifs pour les Jeux et je savais que ne m’entraînant pas, tout allait être beaucoup plus difficile. Mais à partir du moment où les Jeux ont été reportés, je me suis détendue en me disant que j’avais le temps de faire une bonne préparation. J’ai aussi beaucoup échangé avec ma préparatrice mentale et ça m’a permis de relativiser et de prendre du recul. La natation, c’est ma passion et mon métier, mais ce n’est que du sport. Aujourd’hui, le plus important, c’est la santé. Je n’oublie pas non plus tous les gens, à commencer par les personnels soignants, qui luttent au quotidien contre le COVID-19.

Prends-tu le temps de suivre les informations ?

Je me tiens informée, c’est important de voir comment la situation évolue, mais je ne passe pas toutes mes journées devant la télé parce que c’est vite anxiogène.

Recueilli par Adrien Cadot

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