« Mes blessures m’aident à relativiser » | Fédération Française de Natation
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Mercredi 8 Avril 2020 - 17:45

Longuement blessé en 2018 après être passé pour la première fois de sa carrière sous la minute au 100 m brasse lors des championnats de France de Saint-Raphaël, Théo Bussière était sur une pente ascendante avant le confinement décrété en France. Mais loin de se plaindre, le brasseur tricolore profite de cette période pour s’aérer l’esprit avant de revenir plus déterminé que jamais pour préparer les Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet - 8 août 2021). 

Comment as-tu vécu la fermeture de la piscine du Cercle des Nageurs de Marseille et l’arrêt des entraînements ? 

Je ne dirai pas que ça a été dur mais c’était déroutant surtout. On est rentré dans une période inédite où on entend des choses à la télévision. J’ai l’impression qu’ils nous disent un peu ce qu’ils veulent. On ne sait pas vraiment où l’on va, au-delà du sport et de la natation, mais d’un point de vue purement sociétal. Mais je ne l’ai jamais mal vécu. 

Essayes-tu de décrocher de toutes ces informations parfois anxiogènes que l’on entend ? 

Je n’ai pas essayé de décrocher. J’arrive à garder un certain détachement par rapport aux informations qui peuvent être anxiogènes. Je dis ça parce que j’ai aussi la chance de ne connaître personne de mon entourage qui a contracté le virus. Je trouve ça très intéressant d’entendre les réactions des uns et des autres et de voir comment le gouvernement tente de gérer cette crise sanitaire. J’essaie de rester bien informé et de démêler le vrai du faux parmi la masse d’informations que l’on voit passer. 

C’est quelque chose qui t’intéresse ? 

J’essaie de comprendre vraiment les tenants et les aboutissants de cette situation, même si je le répète, ça reste une période inédite. La vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain et ça évolue assez vite. 

As-tu ressenti un certain soulagement à l’annonce du report des JO ? 

Oui. Pour ma part, j’attendais impatiemment cette annonce. J’avais du mal à imaginer une autre issue parce que si les JO avaient été maintenus, ça aurait été une compétition bizarre. Ça n’aurait pas eu de sens de les maintenir pour qu’ils se tiennent à huis clos. La décision a tardé à venir parce que c’est une situation exceptionnelle et que personne ne savait vraiment comment s’y prendre. Mais maintenant, on est soulagé. Ça laisse du temps pour tenter de régler cette crise, même si on ne sait pas trop comment on va sortir de tout ça pour le moment. 

Photo: KMSP/Stéphane Kempinaire

Quand on sait que les Jeux n’avaient jamais été annulés en temps de paix, qu’est-ce que cela fait de connaître cette situation en tant que sportif de haut niveau en activité ? 

C’est une période exceptionnelle pour tout le monde et je pense qu’on n’a pas besoin d’être sportif de haut niveau pour se dire qu’on se rappellera toute notre vie de cette année 2020. On vit tous une période folle et surtout on la vit tous ensemble. Ça fait bizarre de se dire qu’un événement aussi important que les Jeux puissent dépendre à ce point de cette situation. Ça ne tient pas à grande chose. Ça commencé en décembre en Chine, en janvier on pensait que c’était une grippe et on se retrouve désormais dans une crise mondiale qui a entraîné le report des Jeux d’un an. 

Tes blessures passées te permettent-elles de relativiser cette coupure ? 

Je pense que les blessures m’aident à relativiser durant cette période. J’arrive à vraiment bien le vivre. D’autant que quand tu es blessé, tu es tout seul à arrêter et les autres prennent de l’avance pendant ce temps. Cette fois, nous sommes tous dans la même situation. Tout le monde essaie de faire de son mieux pour minimiser les impacts négatifs de l’arrêt de l’activité.

Qu’est-ce qui est le plus difficile lors d’une reprise d’entraînement ? 

Je ne suis même pas certain d’avoir retrouvé entièrement mon niveau et mes sensations. Avant l’arrêt de l’entraînement lié à la crise du coronavirus, j’étais encore sur une pente ascendante pour retrouver des sensations et des repères. La condition physique revient assez vite. C’est surtout dans les courses qu’un arrêt se ressent. Parfois, au retour de blessure, tu as envie de trop bien faire et finalement tu gères mal ta course. Je veux vraiment mieux gérer cela à la prochaine reprise de l’entraînement pour avoir une gestion plus zen de ces moments. L’année dernière j’ai trop essayé de rattraper le temps perdu et j’ai compris que ce n’était pas possible, mais que par contre ça faisait en perdre davantage. 

Ce report des Jeux permettra aussi à Mehdy Metella de revenir de blessure. Au-delà des chances de médailles individuelles qu’il représente, son apport pour le relais quatre nages est forcément important. Y-as-tu songé ? 

Bien sûr. On a tous pensé à Mehdy en apprenant cette nouvelle. Déjà pour lui personnellement, parce qu’il va pouvoir viser une qualification olympique, en espérant qu’il revienne à son meilleur niveau. Ça peut également aider pour les relais, c’est une certitude. D’autant que nous aurons tous un an de plus. J’ai encore des axes de progression, Yohann (Ndoye Brouard) qui est pour l’instant notre dossiste est sur une dynamique ascendante. Pour le relais quatre nages, disposer d’un an de plus est une aubaine. Les quatre nageurs qui composeront ce relais aux JO seront meilleurs l’année prochaine que ce qu’ils auraient été cette année. 

Photo: KMSP/Stéphane Kempinaire

Au-delà de l’entraînement, la confrontation et la compétition te manquent-elles ?  

Clairement. À l’entraînement, j’ai réussi des choses que je ne faisais pas avant. Sur certains aspects, j’ai progressé, sur d’autres j’ai eu un peu de mal à récupérer mon niveau d’avant. Mais ce que je retiens de mon année 2019, c’est que le meilleur apprentissage, c’est la compétition. J’ai l’impression que je n’en ai pas eu assez. J’espère qu’avec ce que j’ai engrangé comme expérience et en me présentant avec une autre maturité, j’arriverais à prendre davantage de bonnes informations à chaque fois que je monterais sur le plot dans le futur. 

Penses-tu que tu avais cette obsession de passer de nouveau sous la minute au 100 m brasse et que cela a pu te conduire à vouloir trop en faire ? 

Je ne sais pas parce que j’étais assez zen vis à vis de ça. À l’entraînement, je n’ai jamais essayé de forcer les choses. C’est plus lors de mes compétitions que je sentais que je voulais trop en faire. Notamment lors de ma finale aux Universiades où j’avais envie de l’emporter et au fond de moi je savais que j’avais les capacités de m’imposer. À Stanford, c’était la même chose. C’était des courses à haute intensité et j’ai été chercher les mauvais ingrédients pour performer. Je l’ai compris après. Cette hiver, sur le plot de départ, c’était différent et je n’allais pas en compétition simplement pour « faire la course ». 

Le fait de le comprendre et de l’exprimer peut te permettre d’avancer. 

Bien évidemment, même si ce n’est pas parce que je l’ai compris que je ne commettrais plus jamais ces erreurs. Le fait d’avoir mis le doigt dessus est en tout cas une arme supplémentaire pour affronter les prochaines courses importantes que j’aurais à disputer.

Comment continues-tu à t’entretenir durant ce confinement ?

J’ai récupéré un peu de matériel au CNM pour me tenir à un certain rythme de préparation physique. Mais on fait aussi ce qui nous fait envie. Le but est aussi de se relâcher psychologiquement. Quitte à être enfermé et loin des bassins, autant en profiter pour couper un peu avant de revenir dans de bonnes dispositions. Je n’ai pas envie de me forcer à faire des choses qui ne m’attirent pas et nos entraîneurs partagent cet avis et nous l’ont dit. Je fais des exercices qui me plaisent et en dehors de ça j’essaie de me vider la tête. 

Photo: KMSP/Stéphane Kempinaire

D’autant qu’à la reprise vous aurez tous besoin d’énergie et d’envie. 

C’est ça. Le but est de ne pas ressasser parce que ça fatigue et on dépense de l’énergie inutilement. On a du temps, autant le vivre du mieux possible pour attaquer du bon pied lorsqu’on pourra retrouver les bassins. On ne sait pas du tout quelle sera la planification. Je pense que pour les entraîneurs, c’est un casse-tête sans nom parce que si on doit reprendre en mai ou en juin, qu’est-ce qu’on fait si on n’a pas de compétitions ? Et puis les Jeux seront fin juillet-début août de l’année suivante donc ça fera une longue saison. On aura besoin d’énergie et de fraîcheur psychologique. 

Que fais-tu pour te vider la tête ? 

En temps normal, je ne m’accorde pas vraiment le temps de regarder des séries parce que je sais que je deviens vite addict. J’ai commencé la série « Vikings » pendant le confinement et comme prévu, je suis tombé accro (rires). Je regarde plusieurs épisodes par jour et ça passe le temps. Je lis également.  

Que lis-tu ? 

J’ai fini un livre et j’en ai commandé deux autres. J’espère qu’ils ne vont pas tarder à arriver. Pour patienter, je fais des mots fléchés parce que j’ai déjà lu tous les livres de ma bibliothèque. Je lis aussi des magazines comme National Geographic. 

Arrives-tu à résister à la tentation du grignotage ? 

C’est terrible parce que quand on s’ennuie, on a l’impression qu’on a faim. C’est un sacré fléau (rires). Je sais que même si je prends un peu de poids, je ne suis pas inquiet sur ma faculté à retrouver mon poids de forme assez vite. J’essaie d’acheter beaucoup de pommes et de bananes pour manger ça en cas de petite faim dans la journée. 

As-tu une recette fétiche actuellement ?

Avec tous les challenges sur Instagram, j’ai dû préparer mon premier gratin de choux-fleurs. Ça n’a rien d’exceptionnel mais c’était le premier et il était plutôt réussi. 

Recueilli par Jonathan Cohen

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