« On vaut mieux que ça » | Fédération Française de Natation
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Mardi 21 Janvier 2020 - 09:00

La désillusion est forcément immense. A l’instar de ses partenaires de l’équipe de France, Rémi Saudadier, 33 ans, espérait revivre la campagne de 2016 qui avait permis aux Bleus de décrocher un ticket historique pour les Jeux de Rio. L’histoire ne se répètera pas. Pour autant, le joueur du Spandau Berlin reste convaincu du potentiel du collectif national. Il espère maintenant qu’un projet ambitieux naîtra de ces ruines hongroises pour emmener l’équipe de France jusqu’aux Jeux olympiques de Paris en 2024.

Difficile d’imaginer pire scénario.

On n’était pas venu pour perdre face à la Géorgie en ouverture de compétition (mardi 14 janvier). On espérait confirmer nos précédents résultats et relancer une dynamique dans la perspective des Jeux de Tokyo. Mais voilà, rien ne s’est passé comme prévu. C’est très dur à expliquer. Il y a tellement d’éléments à prendre en compte.

On pensait pourtant que l’expérience emmagasinée lors de la campagne olympique de 2016 allait vous servir.

Une partie de l’effectif a vécu cette campagne, mais les jeunes n’ont pas la même expérience. Nous, les « anciens », avons dû écrire notre histoire. Avant 2016, cela faisait plus de vingt ans qu’une équipe de France n’avait plus participé aux Jeux olympiques. Nous n’avions aucun point de comparaison. Il a fallu qu’on se forge un caractère, qu’on crée un truc qui n’existait pas. Les jeunes, aujourd’hui, n’ont pas connu toutes nos galères. Pour eux, le match de la Géorgie, c’est la première.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Pour autant, après votre défaite inaugurale contre la Géorgie, vous avez fait bonne figure face aux italiens et aux Grecs.

Sans doute que nous aurions mieux joué face aux Géorgiens si nous avions rencontré les Grecs ou les Italiens en début de championnat, mais bon, avec des si… Ce qu’il y a de certain, c’est que notre groupe a des qualités, mais que nous n’avons pas réussi à mettre notre jeu en place face aux Géorgiens. Je crois aussi qu’ils étaient là pour nous battre. Après, contre les Grecs et les Italiens, on a bien vu qu’ils n’étaient pas aussi déterminés. Face à nous, ils ont tout donné et ça a payé. On pourrait parler de l’arbitrage, mais même s’il y a des choses à redire, ça n’enlève rien à notre responsabilité. On vaut mieux que ça, mais encore fallait-il en faire la démonstration dans le bassin.

La victoire de Marseille, l’année dernière, en coupe d’Europe laissait espérer que les jeunes joueurs tricolores allaient gagner en expérience et pouvoir jouer un rôle plus important au sein du collectif national.

Le parcours de Marseille en coupe d’Europe et sa victoire finale a fait beaucoup de bien au water-polo tricolore, mais il faudrait que l’ensemble de nos jeunes joueurs puissent vivre pareille expérience. Il n’y a qu’en se confrontant aux meilleurs que l’on peut progresser. La génération qui a qualifié l’équipe de France aux Jeux olympiques de Rio a évolué ensemble pendant quasiment huit ans. Ça a été un long chemin et il sera à nouveau semé d’embûches pour la génération à venir.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

A ce sujet, qu’en est-il de l’impact des Jeux de Rio sur l’équipe de France ? On finirait presque par croire que ce retour historique au premier plan n’a finalement pas changé grand-chose.

Beaucoup de joueurs espéraient que les conditions s’amélioreraient, mais en réalité nous sommes rapidement revenus à ce que nous connaissions avant. Pour certains, ça a été très frustrant parce que jouer en équipe de France, c’est quand même beaucoup de sacrifices personnels.

Ton rôle entre 2016 et 2020 a-t-il évolué, notamment auprès des jeunes joueurs ?

Ce n’est pas en se voyant un mois par an que l'on peut nouer des liens. Cela demande du temps d’apprendre à connaître quelqu’un, suffisamment en tout cas pour lui parler franchement. Ce qu’il y a certain, désormais, c’est qu’il va falloir se dire les choses afin de savoir ce qui n'a pas fonctionné. Echouer, ça peut arriver, c’est même inhérent au sport de haut niveau, mais il importe d’en tirer des leçons. Il faut se servir de cette défaite face à la Géorgie pour continuer à grandir.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

D’autant que l’équipe de France ne vivra ni les Jeux de Tokyo, cet été, ni les championnats du monde en 2021. De quelle manière appréhendes-tu cette longue période sans rendez-vous internationaux ?

Tout va dépendre du projet fédéral et de la réaction des joueurs. A titre personnel, je remets beaucoup de choses en question. A l’avenir, il faudra peut-être que j’échange davantage avec les entraîneurs pour leur faire part de mes impressions. Du haut de mes 33 ans, je crois qu’il faudrait parfois que je verbalise un peu plus. J’ai longtemps manqué de confiance en moi, je suis plutôt du genre à me poser mille questions, mais désormais je me sens plus crédible et je crois que cela peut être bénéfique pour l’équipe de France. De toute façon, je suis certain qu’avec les joueurs dont nous disposons, il y a quelque chose de grand à réaliser dans les prochaines années. La qualité est là, il faut juste travailler ensemble et ça va venir. J’en suis convaincu.

Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, comment vis-tu ce championnat d’Europe ?

C’est difficile ! J’attendais beaucoup de ce rendez-vous continental. Quelques anciens étaient de retour et les jeunes semblaient avoir pris de l’expérience. J’ai cru que ça prendrait, mais en fait on a manqué d’un peu de vécu. Pourtant, il faut rester ambitieux. Les Jeux de Paris, c’est dans quatre ans. On ne disputera pas les Mondiaux en 2021, il faut donc se concentrer sur la suite dès à présent.

(KMSP/Stéphane Kempinaire)

Comptes-tu jouer jusqu’en 2024 ?

Bien sûr que j’ai envie de participer aux Jeux de Paris, à condition évidemment d’être épargné par les blessures. J’aurais 38 ans, mais avec mon hygiène de vie, je pense que je peux durer au plus haut niveau. Et puis, c’est quand même un objectif ultime. Jouer les Jeux à Paris, cent ans après le titre olympique de l’équipe de France de water-polo en 1924, c’est hautement symbolique. Si je ne suis pas motivé par pareil événement, je ne vois pas ce qui pourrait me donner envie de continuer. Mais il faut être ambitieux. Pas question d’y aller en touriste. La France sera qualifiée et il faudra viser une médaille. A mon sens, il n’y a pas d’autre objectif à poursuivre.

Recueilli à Budapest par Adrien Cadot 

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